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Le Journal
Volume 37, no 16, decembre 2005

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Quand l'avocat est coach et le citoyen plaideur
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Une avocate québécoise écrit la Constitution irakienne
Médiation judiciaire : le Québec à la proue
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L'ombudsman municipal... complément au système judiciaire?
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Cabinet Nicholl Paskell-Mede

Haro sur le plafond traditionnel des heures facturables

Guylaine Boucher

Fondé en 1992 par deux avocats issus de grands bureaux, le cabinet Nicholl Paskell-Mede fait figure d'exception dans le paysage juridique québécois. C'est que, contrairement à d'autres, la firme porte depuis toujours une grande attention à la conciliation travail-famille.

M<sup>e</sup> Robert Emblem
Me Robert Emblem

Me Robert Emblem, associé au sein du cabinet, explique que la conciliation a toujours fait partie des politiques du bureau. « Quand ils ont décidé de s’associer pour ouvrir leur propre cabinet, Me John Nicholl et Me Mindy Paskell ont choisi d’établir des politiques qui allaient favoriser un meilleur équilibre entre la vie professionnelle et la vie familiale. C’était très important pour eux, et ils étaient persuadés que ça leur permettrait d’éviter de perdre de bons avocats. Ils en ont donc fait un élément de base et c’est encore vrai aujourd’hui. »

350 heures de moins !

Sur le terrain, le choix fait il y a maintenant plus de 13 ans influence chaque jour les manières de travailler. Les exigences en matière d’heures facturables en constituent probablement le premier indicateur. Contrairement à ce qui se fait dans les autres cabinets, les avocats pratiquant chez Nicholl Paskell-Mede doivent effectuer 1 450 heures facturables par année, et non 1 800, comme c’est le cas généralement dans l’industrie.

Place à la connaissance de la jurisprudence

« Ce choix part du principe que les avocats doivent aussi faire autre chose que du temps facturable, que ce soit de la lecture de jurisprudence ou de décisions récentes ou encore seulement assister à des réunions internes pour l’administration du bureau, explique Me Emblem. Au total, c’est six à sept heures de moins par semaine qu’ils doivent consacrer à la facturation. Qu’on le veuille ou non, c’est un samedi ou trois soirs de moins passés à travailler. À la fin d’une année, ça compte. »

Ce n’est pas une attrape!

Avocat et associé au sein du cabinet, Me Dominic Naud confirme que cette mesure fait une nette différence : « J’ai travaillé dans de grands cabinets avant. J’ai connu les exigences du 1 800 heures facturables. Je peux dire que cet assouplissement fait une grande différence. D’autant plus que c’est un vrai 1 450 heures. On n’est pas dans une situation où, officiellement, on te demande 1 450 heures, mais où tu dois en faire 1 800 si tu veux devenir associé, par exemple. Les règles sont claires et sont respectées. »

Oser être créatif : définir un nouveau type de poste 

Pour rendre service à certains avocats et ne pas perdre de bons éléments, le cabinet accepte aussi que quelques avocats effectuent moins d’heures. Ils ont alors le statut d’avocat-recherchiste et doivent produire 1 250 heures facturables par an. C’est le cas de Me Jennifer DeLeskie. « J’ai deux enfants. Mon conjoint travaille aussi beaucoup. Il était important pour moi d’avoir des heures plus régulières. C’était impossible dans les grands cabinets. Je ne pensais pas qu’il serait possible de continuer à pratiquer. Finalement, j’ai quitté un grand cabinet pour venir travailler ici et j’ai trouvé l’équilibre que je cherchais », affirme-t-elle.

De « vrais » congés parentaux

En plus de la réduction des heures facturables, le cabinet met à la disposition de ses employés et associés une véritable politique de congés parentaux. Aussi, explique Me Naud, « non seulement les choses écrites sur papier sont vraies, mais les nouveaux parents sont encouragés à s’en prévaloir. Tout a été pensé pour que ce ne soit pas pénalisant. Par exemple, les trois mois de congé prévus pour le deuxième parent peuvent être pris à plein salaire, puisque le cabinet comble la différence entre le salaire et ce que le programme gouvernemental offre. » Le premier parent, la mère la plupart du temps, bénéficie également de six mois de congé à plein salaire.

Davantage la vie d’avantages
Tout cela a un coût, évidemment, mais les associés acceptent aisément d’en payer le prix, selon Robert Emblem. « Avoir des politiques différentes, ça se paie. Concrètement, ça veut dire qu’il reste moins de profits à la fin de l’année. Par contre, le bureau est parfaitement viable, les gens sont contents de rentrer travailler le matin, et tout le monde gagne un bon salaire. Évidemment, nous gagnons moins que si nous imposions le même nombre d’heures facturables qu’ailleurs, mais à long terme, c’est payant, parce qu’on peut continuer de pratiquer et avoir du plaisir à le faire. »

La réponse des clients

Du point de vue de Dominic Naud, la productivité est aussi accrue. « Quand on passe une belle fin de semaine gratifiante, on entre au travail frais et dispos. On est plus productif et efficace. Tout cela compte. » Robert Emblem avoue même se servir de plus en plus souvent de cette façon différente de voir les choses pour vendre les services de l’entreprise aux clients potentiels. « Pour le client, c’est important de savoir que l’avocat avec lequel il va travailler ne fait pas d’heures excessives, qu’il est reposé et par conséquent alerte et productif. Je pense que les gens comprennent maintenant que le fait de réduire le nombre d’heures facturables ou de favoriser la conciliation travail-famille ne se fait pas au détriment du client. D’ailleurs, chez nous le client passe avant tout. Quand nous avons un procès le lundi, nous travaillons la fin de semaine précédente. La seule différence, c’est que notre cible de facturation est moindre. Nous travaillons extrêmement fort quand même. »

Un cabinet fort convoité

La culture propre au cabinet s’avère aussi favorable pour le recrutement et la rétention du personnel. « Les gens qui ont quitté le cabinet sont peu nombreux et ils l’ont fait parce qu’ils changeaient de carrière, non pas parce qu’ils étaient épuisés, affirme Me Emblem. Nos façons de faire attirent aussi beaucoup de gens. Comme responsable du recrutement, je reçois entre 25 et 50 CV par année en provenance d’avocats qui travaillent dans de grands cabinets. Notre seul véritable problème, c’est que nous ne pouvons pas offrir du travail à tout le monde… Il y a pire! »

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