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Le Journal
Volume 37, no 16, decembre 2005

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Plaider devant un juge
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Plaider devant un juge

Une crédibilité sans cesse en jeu

Yves Lavertu

Savoir, savoir-faire et savoir être, derrière chacun des gestes professionnels posés par l’avocat dans le cadre de l’un ou l’autre de ces trois aspects de son travail, c’est sa crédibilité qu’il joue lorsqu’il se présente en Cour pour plaider devant un juge. Bien des avocats ont tendance à l’oublier…

Le juge Claude Leblond
Le juge Claude Leblond

Ne pas mettre son propre client en boîte

Se forger une idée précise du genre de témoin que fera son client représente aussi une tâche indispensable à accomplir avant la tenue du procès. Un bon avocat, affirme Claude Leblond, aura fait le tour des points forts et des points faibles de son client et aura pris soin au passage de lui demander s’il possède ou non des antécédents judiciaires. Un manque de préparation à cet égard peut provoquer des dérapages embarrassants. Là aussi, confie-t-il, il est étonnant de constater que des avocats, faute de s’être bien préparés, peuvent contribuer à mettre en boîte leur propre client. 

Pas là pour épater la galerie

La dimension du savoir ne constitue pas l’unique aspect dont il faut se soucier lors d’une plaidoirie, il y a aussi le savoir-faire qui compte. L’avocat qui plaide, rappelle le juge, doit toujours avoir en tête la finalité vers laquelle il tend lorsqu’il développe sa thèse. « Est-ce qu’il sait, interroge-t-il, que le but ultime de ce qu’il va faire à la Cour est d’obtenir l’adhésion du juge et non pas simplement d’impressionner son client ou de chercher querelle avec l’avocat de l’autre partie ou régler ses comptes personnels? »
Accorde-t-il au témoin toute la place utile et nécessaire au moment de l’interrogatoire? S’est-il bien préparé en vue de lui faire relater les faits d’une façon ordonnée et selon une thèse précise? Malheureusement, soutient-il, on oublie trop souvent le b-a ba du métier.

« Êtes-vous sûr, sûr, sûr? »

Les rudiments d’un contre-interrogatoire réussi semblent, eux aussi, s’être effacés de la mémoire de certains praticiens. Récemment, expose le juge Leblond, il a assisté à un contre-exemple éloquent en la matière. Son auteur, un avocat de la défense, avait pourtant à son actif quelque 20 ans de pratique. Ce dernier s’est amené devant le témoin avec pour épine dorsale de sa stratégie un « point fort » à mettre de l’avant; celui d’afficher un air méchant au moment de lui poser la question suivante : « Êtes-vous sûr, sûr, sûr? »
Le praticien, poursuit le juge Leblond, qui au moment du contre-interrogatoire, formule des questions ouvertes comme « Pourquoi? » se met maladroitement en péril. Tous devraient le savoir. Il court le danger d’aider la partie adverse à faire ressortir des éléments négatifs pour sa cause. Si, par malheur, le danger se concrétise, sa crédibilité risque alors d’en prendre un coup aux yeux du juge.
Se mettre les pieds dans les plats de telle façon démontre, selon lui, « une absence totale de préparation ». Pourtant, des « pourquoi? » on en lance encore bien souvent dans l’enceinte des tribunaux.

La liberté du client entre les mains

Le rythme du contre-interrogatoire représente un autre élément à prendre en compte. L’avocat qui pose des questions imprécises, trop longues ou trop complexes s’expose à une riposte. Il livre sur un plateau d’argent l’occasion à son vis-à-vis d’émettre une objection.
À l’étape du contre-interrogatoire, soutient Claude Leblond, la magistrature attend plutôt d’un avocat consciencieux une solide capacité à conduire sa plaidoirie en battant la mesure selon un rythme soutenu. Le praticien doit savoir exactement où il s’en va. « C’est beau, clame-t-il, de voir du travail professionnel bien fait. » En revanche, il est navrant d’observer un plaideur qui, de toute évidence, se laisse pousser par le vent. « S’il était médecin et qu’il s’occupait de son patient comme il s’occupe de son client, j’aurais peur. » Après tout, note-t-il, il tient la liberté de son client entre ses mains. 

Savoir se comporter au tribunal

Il y a une dernière catégorie de gestes ayant une incidence sur la crédibilité de l’avocat : ceux liés au savoir être. L’avocat qui arrive en retard à la Cour, le rabat tout de travers, se classe parmi ceux qui ne se conforment pas aux exigences minimales en la matière. On peut penser aussi à celui qui se querelle au tribunal avec son confrère, ou à l’autre qui est à tu et à toi dans la salle d’audiences. Ces deux-là figurent au nombre des professionnels dont le comportement risque d’entacher un jour ou l’autre la crédibilité.

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