Me Madeleine Lemieux, bâtonnière élue pour 2005-2006 |
Membre du Barreau depuis 1974, elle cumule une pratique de près de 20 ans en cabinet privé. La première tranche de sa carrière d'avocate s'est déroulée à Bedford, de 1975 à 1986.
Après une interruption d'une décennie, consacrée à l'administration publique, elle est revenue exercer son métier, toujours à Bedford, à compter de 1997.
Frontalière avec le Vermont, la région se trouve, administrativement parlant, à cheval entre l'Estrie et la Montérégie. Madeleine Lemieux éprouve un fort sentiment d'appartenance et un profond attachement pour ce coin de pays, où habite également le chroniqueur bien connu de La Presse, Pierre Foglia. Elle y retrouve une qualité de vie sur le plan humain et professionnel qui l'enchante. « C'est une région, dit-elle, où j'ai l'impression d'avoir plus de contrôle sur ma vie et sur mon environnement. »
Elle a représenté, notamment, divers organismes publics, ainsi que des producteurs agricoles, des transformateurs et des industriels, pour des affaires concernant souvent des questions de mise en marché ou encore de réalisation de projets. À ce titre, elle a accompagné plusieurs clients dans des démarches visant l'obtention de permis ou d'autorisations. Encore aujourd'hui, elle se retrouve régulièrement devant la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec.
Me Lemieux juge prioritaire d'assurer la réalisation des recommandations du rapport sur la formation permanente |
Pour elle, se montrer sensible à cette dimension, cela veut dire « ne jamais penser que la province est une grande place uniforme où tous les problèmes sont les mêmes et où toutes les solutions sont les mêmes ». Les solutions, déclare-t-elle, doivent émaner du milieu, car elles sont souvent les plus appropriées et les plus adéquates.
C'est pourquoi, enchaîne la juriste, la tournée des bâtonniers est si importante. Et, assurément, elle doit se poursuivre. Mais l'activité se doit d'englober aussi Montréal et Québec. Montréal a été un peu négligée, constate-t-elle, les avocats de la métropole participant moins que les autres à la vie du Barreau. La nouvelle bâtonnière a la ferme intention de corriger la situation.
C'est une « bonne école », évoque-t-elle, tant sur le plan juridique qu'en matière de gestion financière et de gestion des ressources humaines.
Et, chose capitale pour la suite des choses, elle y a développé un sens de la vision. « Il fallait avoir, confie-t-elle, une vision bien claire du rôle de mon organisme et des moyens pour y arriver. »
Cet apprentissage va aujourd'hui lui servir. « Quand on arrive au Barreau, explique la nouvelle élue, on est au bâtonnat pour une seule année. Encore une fois, il faut avoir des idées bien claires d'où on s'en va et des moyens qu'on peut utiliser pour y arriver. »
La présidente s'est donc frottée de près aux médias et a pu réfléchir à leur rôle. Pour elle, il s'agit de « partenaires essentiels ». On ne contrôle pas le contenu de ce qu'ils diffusent, et c'est bien ainsi, convient-elle. En revanche, cela oblige des organismes comme celui qu'elle a dirigé à rendre des « décisions extrêmement lisibles, claires et résumées ».
Bref, ce passage de plus d'une décennie dans un univers socialement « stratégique » et où l'on s'emploie à faire évoluer les mentalités a été, pour l'avocate de Bedford, une expérience absolument passionnante.
Six ans plus tôt, le pays avait officiellement aboli l'apartheid, régime raciste, et était secoué par des grèves importantes qui ont, entre autres « outils », servi là-bas d'instruments de libération.
L'experte-conseil du Québec vient y livrer son expérience au moment où les Sud-Africains s'interrogent sur la législation et la réglementation à mettre en chantier à ce chapitre. Et surtout, elle y apporte une approche singulière en matière de médiation pour ce qui touche à l'élaboration des services essentiels lorsque éclate une grève.
Son expérience en adjudication est sollicitée principalement pour des questions d'arbitrage en droit du travail et, occasionnellement, en droit civil. Durant la même période, elle accepte quelques mandats en médiation.
L'avocate et formatrice se double aussi d'une conférencière et d'une auteure puisqu'elle a fait publier un ouvrage de référence en droit administratif, régulièrement mis à jour depuis sa parution. Il s'agit d'un guide annoté des règles de procédures et de preuves administratives, construit à partir de jugements importants émis dans ce domaine. Le livre énonce une règle et y associe la jurisprudence pertinente.
Au fil des ans, l'avocate a également pu se faire la main en exerçant de multiples fonctions au sein de l'Ordre. Elle a ainsi été membre du Comité de discipline, présidente du Comité du Fonds d'indemnisation et membre du Comité d'accès à la profession.
Toutefois, tient-elle à préciser, ces postes, toujours circonscrits autour d'un unique secteur d'activités, ne permettaient qu'une « vision parcellaire » de l'organisation. La vision globale, Madeleine Lemieux l'a acquise une fois rendue à la vice-présidence, un lieu névralgique pour la suite des choses.
C'est dans le cadre de ce groupe de travail que sera mise à l'ordre du jour la question des mesures incitatives à adopter, mesures propres à amener les avocats à s'inscrire aux séances de formation. On se penchera également sur le développement de nouveaux outils, particulièrement ceux reliés aux nouvelles technologies.
Il y a plusieurs raisons à cela, indique-t-elle. L'une d'entre elles est qu'il s'agit du devoir du Barreau de le faire puisque l'indépendance des avocats passe par leur autodiscipline. « On a été interpellés de façon assez sévère par la Cour suprême au cours de l'année dernière », évoque Me Lemieux.
Les commentaires du plus haut tribunal du pays, poursuit la juriste, ne sont pas sans effet sur les façons de faire de l'Ordre en ce qui concerne son mandat de protection du public. Le Barreau n'a pas attendu ce jugement pour agir. Les améliorations du processus ont été amorcées bien avant. Mais il est clair qu'il faut faire encore plus et encore mieux.
Le projet qu'elle caresse, à ce sujet, consiste dans l'élaboration d'un système d'audit, de gestion pour cabinet d'avocat et façonné par une firme extérieure. « Ce que les avocats gèrent, observe-t-elle, ce sont de petites entreprises. » Par conséquent, il leur faut suivre plus que quelques heures de cours s'ils veulent se transformer en gestionnaires compétents.
L'apport de spécialistes en gestion peut, à ses yeux, faire une différence. Elle a d'ailleurs identifié maints besoins. Elle dit même qu'elle serait la première à vouloir bénéficier de solutions que pourraient lui proposer des services d'experts en matière d'amélioration des méthodes de travail, de rentabilité, de planification ou de gestion des ressources humaines.
Bref, il s'agit d'un projet majeur, qui mobilisera également son temps durant son bâtonnat.
« On va devoir en parler toute l'année, soutient-elle. C'est le rôle du Barreau d'être celui qui interpelle le milieu de la justice sur ces questions. C'est notre responsabilité. Et, parce qu'on est en première ligne, on voit les problèmes. C'est à nous de les soulever et de les présenter. C'est à nous aussi d'élaborer des solutions. »
Me Lemieux déclare, à cet effet, attendre beaucoup de la plénière du prochain Congrès du Barreau, en juin, qui a pour thème La justice! Quelle justice? Chose certaine, assure-t-elle, il faudra tout mettre en œuvre pour interpeller constamment le gouvernement sur ses responsabilités à cet égard.
Qu'il s'agisse de leur vision propre de la pratique, de la magistrature ou de la justice, leurs façons de voir doivent se refléter au sein des instances décisionnelles de l'Ordre. C'est important, observe Me Lemieux, car « on a tendance à oublier de s'assurer de la présence de jeunes au sein de certains comités ». D'où son engagement à soutenir les travaux de la Table de concertation des jeunes.
À l'aube de cette aventure, la bâtonnière élue conçoit son rôle non pas comme celui d'une gestionnaire, mais comme celui d'une visionnaire.
Les gestionnaires, signale-t-elle, sont déjà en place et ils sont hautement compétents. « Le bâtonnat, fait-elle plutôt valoir, c'est plus une responsabilité de vision, de direction et de réunion des conditions gagnantes pour que les projets se réalisent. » Elle se voit donc, en quelque sorte, comme un « guide ».
Souvent d'ailleurs, raconte-t-elle, les personnes qui l'ont inspirée dans sa vie avaient non seulement des idées, mais possédaient, en plus, la capacité de rassembler autour d'elles des équipes à même de les réaliser.
Font donc partie de ses expressions des termes comme « donner sa vision, indiquer la direction et se centrer sur la mission ». Voilà, résumées en quelques mots, les lignes de force qui devraient transparaître au cours du mandat de celle pour qui les trois valeurs fondamentales chez l'avocat consistent en l'intégrité, la compétence et l'humanité.
Elle prendra sa charge en même temps que son confrère, Me Stéphane Rivard, vice-président élu pour l'année 2005-2006.
La prochaine bâtonnière du Québec n'est pas encore officiellement en poste, mais elle sait déjà où et quand sera logé le Congrès du Barreau 2006. Il aura lieu plus tôt que les précédentes années, soit les 11, 12 et 13 mai, au Fairmont Reine Elizabeth, à Montréal, « ce qui est assez étonnant, fait-elle remarquer, pour une avocate de province, mais c'est un Congrès un peu particulier que je prépare. »
Me Lemieux confie vouloir faire de cette rencontre un évènement marquant axé sur la formation. Désireuse d'y voir converger le plus grand nombre d'avocats possible, elle a porté son choix sur Montréal, en bonne partie pour des questions d'accessibilité.