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Les juristes, au XIXe siècle, se prêtèrent souvent à diverses activités en marge de l'exercice de leur profession d'avocat, de notaire ou de juge. Plusieurs s'adonnèrent au journalisme ou figurèrent au nombre des collaborateurs assidus de divers périodiques. D'autres s'intéressèrent davantage à la mise sur pied et à la gestion d'organes de presse.
Avant d'être un passe-temps, le journalisme fut pour certains un gagne-pain. À de jeunes étudiants en droit, parfois peu fortunés, le métier de journaliste offrait un travail intéressant à plusieurs égards. L'activité accordait une bonne marge de manoeuvre à un jeune juriste qui pouvait, tout en l'exerçant, poursuivre ses études. Augustin-Norbert Morin, qui connut au milieu du siècle une destinée remarquable en tant que premier ministre du Canada-Uni puis commissaire à la codification des lois civiles du Bas-Canada, fut parmi ces étudiants qui durent compter sur le journalisme pour gagner leur vie avant d'accéder au Barreau.
Plus que toute autre raison, l'attrait exercé par le monde de la politique explique vraisemblablement la présence fréquente de juristes au nombre des fondateurs, des rédacteurs et des collaborateurs des organes de presse. Au XIXe siècle, les liens entre la politique et la presse périodique furent souvent étroits. Elle constituait un lieu idéal pour la diffusion des idées et un forum adapté pour critiquer l'adversaire ou se défendre de ses attaques. Au milieu du siècle, Marc-Aurèle Plamondon, qui dans sa jeunesse travailla au Canadien de Québec, édita avec des amis Le National, journal dont il se servit pour propager des idées libérales. En marge de cette activité journalistique, Plamondon pratiquait le droit criminel et s'intéressait de près à la politique. En vain, il avait tenté, en 1857, de se faire élire comme député de la ville de Québec. D'autres avocats, associés de près à des journaux, connurent des carrières politiques plus heureuses. Au nombre de ceux-ci se trouvent Pantaléon Pelletier, François Langelier et Wilfrid Laurier, tous des têtes d'affiche du Parti libéral, qui étaient au nombre des fondateurs en 1880 du journal L'Électeur qui devint Le Soleil en 1896.
Loin de se cantonner dans le journalisme politique, plusieurs juristes se manifestèrent dans des périodiques et des journaux littéraires. Il n'était pas rare, en effet, qu'un juriste y livre des poèmes, des chansons ou des récits. Ulric-Joseph Tessier, surtout connu comme avocat, politicien et homme d'affaires, fit paraître, dans Le Télégraphe de Québec, un conte ayant pour toile de fond l'épidémie de choléra qui avait frappé la ville de Québec en 1832. Quelques juristes firent plus qu'effleurer le monde des lettres, ils y laissèrent une marque profonde. Louis-Honoré Fréchette demeure probablement le meilleur exemple. Avocat, député de Lévis à la Chambre des Communes puis fonctionnaire, il est considéré comme le poète québécois le plus célèbre de la seconde moitié du XIXe siècle. Une partie de son oeuvre parut dans des journaux quotidiens et des revues littéraires.
Les contacts de plusieurs juristes avec le monde de la presse politique et littéraire fut sans doute utile à plusieurs de ceux qui, par la suite, s'adonnèrent à l'édition de périodiques juridiques. Ainsi, au nombre des fondateurs du The Quebec Law Reports/Rapports judiciaires de Québec, édité par le Barreau de Québec de 1875 à 1891, on retrouvait François Langelier, qui avait été actif à L'Évènement et à La Nation, et Henri-Thomas Taschereau qui avait été propriétaire-rédacteur du journal Les Débats.
L'éclectisme des carrières, l'encombrement des professions libérales et, plus simplement, l'intérêt pour l'écriture sont probablement les principaux motifs qui permettent de comprendre la présence de nombreux juristes dans la presse au XIXe siècle.
Article paru dans Laval/Droit. Bulletin des diplômés de la Faculté de droit, vol. 3, no 1 (printemps 1993), p. 7.
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