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Un concours du Barreau de Montréal

La justice a bonne mine

À chaque année, le Barreau de Montréal organise un concours littéraire à l'intention des étudiants de Montréal. En avant-goût du prochain concours, nous publions ici deux des textes d'élèves du secondaire primés l'été dernier. Les élèves devaient travailler à partir d'une mise en situation bien précise: un chef d'État est accusé devant les tribunaux d'avoir ordonné l'assassinat de tous les fournisseurs de cocaïne dans le monde et le bombardement de leurs maisons. Il ment à la population en niant les faits reprochés.

Bundaru Horia,14 ans,
Secondaire 2,
Collège Jean-de-Brébeuf

"Messieurs, nous assistons ici au procès du chef d'État, monsieur Fort, qui est accusé de crime grave sur les responsables de la vente de cocaïne dans le monde et de mensonge délibéré face à la population. Le tribunal a examiné attentivement le cas et a rendu sa décision.

Monsieur Fort a commis des crimes sur des personnes humaines, donc il n'a pas seulement porté atteinte à leur intégrité en leur infligeant des blessures, mais il a aussi enfraint plusieurs lois et il est passé par-dessus les droits de l'Homme. Un crime est un acte inhumain, donc absolument condamnable et certainement inexcusable. Un chef d'État n'est pas au-dessus des lois, il peut cependant en influencer la constitution, si son grade ou sa profession le permet, soit par le vote, soit par la proposition elle-même d'un ou de plusieurs projets de loi qui lui conviendraient. Dans ce cas, il n'a pas fait adopter de loi qui excuse complètement un crime de par ses circonstances ou par la personne coupable et sa classe sociale ou sa fonction.

Cependant, il faut ajouter qu'un chef d'État peut quand même faire, jusqu'à un certain point, des choses qu'un simple citoyen ne peut envisager. Cela, parce que le chef d'État possède deux pouvoirs, sinon en entier parce que limités par la démocratie et les droits de l'Homme (dans les pays où ils sont existants), du moins partiels. Ces deux pouvoirs englobent tous les autres; ce sont le pouvoir de décision et celui d'exécution. Ce dernier est en quelque sorte séparé du premier et donné aux forces de l'ordre représentées par la police. Le chef d'État possède ce pouvoir en ce sens qu'il a le droit de créer des escouades anti-groupes criminalisés, d'ordonner des enquêtes publiques, d'améliorer la capacité des forces policières et, lorsqu'il a de bonnes raisons (preuves suffisantes), ordonner l'arrestation de certains suspects, et non pas les faire exploser comme un barbare. Une fois l'arrestation accomplie, il doit aller devant un tribunal, dépendant de l'ampleur des faits. Là, il doit plaider sa cause, présenter des preuves à l'appui et respecter la décision des jurés et du juge. Ce n'est pas au chef d'État de juger et de trancher.

De plus, les droits de ou des accusés doivent être respectés. Ils ont le droit de se défendre, de plaider coupable ou non coupable, selon leur propre décision. De plus, ils ont le droit d'avoir un avocat. Le juge est obligé de tenir compte des deux plaidoyers avant de rendre sa décision.

Le public a droit à la vérité et à un gouvernement qui agit dans les cadres prescrits par la loi en toutes circonstances et en tout temps. La vérité est une valeur qu'on exige de la société moderne et qui amène les gens à être plus généreux, plus fraternels, plus tolérants. D'ailleurs, ne dit-on pas qu'une bêtise avouée est à moitié pardonnée? Eh bien, si l'on veut que notre société soit un modèle de solidarité, la première chose à faire est d'avoir un gouvernement qui reflète cette solidarité. Si le gouvernement ne révèle pas la vérité, il n'est plus digne de confiance, il nous entraîne à vivre dans un monde moins humain, au lieu de l'idéal de vie capable d'amener les humains à faire la justice et la paix. C'est pour cela que nous avons tous droit à la vérité; ce n'est même pas un droit positif, c'est un droit naturel : le respect des valeurs que l'on prône.

Malheureusement, la vérité peut facilement être manipulée. Le gouvernement peut la cacher, la transformer et même l'utiliser comme arme dans ses relations politiques. En faisant cela, il commet une grave erreur qui peut se retourner contre lui. C'est une arme à deux tranchants.

Puis, est-ce que de tuer est le bon moyen pour mettre fin à un problème qui existe depuis si longtemps déjà? Nous savons tous que lorsqu'un chef meurt, il y a toujours un successeur qui prend la relève. Monsieur Fort pensait-il donc qu'en commettant pareil crime toute la cocaïne disparaîtrait? Si c'est le cas, il n'a pas su faire face à ses responsabilités de chef d'État. En laissant les meurtres de côté, on arrive à une autre accusation. Monsieur Fort aurait dû envisager toutes les autres possibilités avant de faire son choix. Il aurait dû demander avis, et agir en pleine conscience de toutes les conséquences que son acte aurait. C'est la responsabilité d'un chef d'État, d'être solidaire et d'agir de la meilleure façon pour son peuple, et monsieur Fort y a manqué. D'ailleurs, cette responsabilité figurait lors de son assermentation. Ici encore, il y a faute commise délibérément.

Cependant, si l'on veut respecter la mission de la justice qui est d'aider la société à vivre dans la droiture et la solidarité, nous devons admettre que monsieur Fort a des circonstances atténuantes. Nous ne pouvons nier qu'un délit de possession de drogue n'est pas la même chose que la responsabilité de toute la vente de cocaïne dans le monde. C'est là un crime grave. La cocaïne fait bien évidemment plus de victimes qu'en a fait monsieur Fort. Les responsables de cette vente de drogue mondiale sont, eux aussi, de grands criminels. C'est quand même de leur faute si le problème de la drogue devient de plus en plus menaçant. Je ne peux pas dire que si l'entreprise de monsieur Fort avait été possible, il ne nous aurait pas rendu un grand service. Mais, cela est irréalisable car les grands chefs étant disparus, la cocaïne, elle, continue d'exister. Je voudrais aussi mentionner que l'acte de monsieur Fort, tout irréfléchi et condamnable qu'il soit, était dans le but d'aider la société. Cependant, il nous aurait plus aidés en faisant condamner par un tribunal ces responsables, ce qui aurait certainement aidé à diriger les recherches de la police pour désintégrer une autre partie du réseau.

Étant donné l'authenticité des crimes, le tribunal a pris sa décision dans les mêmes mesures que pour un citoyen ordinaire. Le crime a effectivement été commis dans l'intérêt de l'État, intérêt qui ne correspondait pas aux lois de ce pays et ne respectait pas les droits de l'Homme. Le tribunal a cependant tenu compte des circonstances atténuantes qui, quoique minimes, ont fait leur part dans l'application de la sentence. C'est pour cela que nous n'imposons pas la peine de mort, mais condamnons monsieur Fort à la prison à vie. Il perdra par conséquence son titre de chef d'État et sera envoyé devant le tribunal militaire concernant ses grades respectifs.

Ensuite, pour avoir détruit le bien d'autrui en bombardant les résidences, nous déclarons monsieur Fort coupable et lui imposons une peine de dix ans de prison. Ce n'est pas un acte de personne responsable que de bombarder des maisons juste à cause de ses propriétaires.

Nous reconnaissons monsieur Fort coupable d'avoir menti à la population et d'avoir essayé d'effacer les preuves en bombardant des maisons. Il a, par cet acte, manqué à son serment et sera condamné à perdre ses fonctions et à deux ans d'emprisonnement.

Après quinze ans, il aura cependant droit à une liberté conditionnelle, car on ne peut le considérer comme un danger public. *

Nicolas-Sonny Nguyen,
14 ans, Secondaire 3,
Collège Jean-de-Brébeuf

Words ring in my ears. They always have. I guess it is my job, to listen to arguments presented by lawyers. But that is not all. I suppose I could tell you in simple words what I do everyday: I judge.

I thought the task would be easy, but as they say, there is much more than meets the eye. I can never show my emotions yet I do feel them. I compare myself often to a stone-faced wizard with his spell book called: the Law. Yes, a wizard... who never had enemies or missions to accomplish, but of course all of that changed...

I'm referring to Mr. Might. From the first moment he walked into my courtroom, I knew he was guilty. What I hadn't figured out yet was if he was right or wrong. It looked like the lawyers had more than just the jury to convince. I knew evidence didn't come by as easy in real life as in the movies. And so, I just had the feeling that there was to be a terrible and unforgettable war of arguments, moral and judicial.

Somehow, as the trial progressed, an unknown, monstrous fear began to creep up and down my spine. Some thought Mr. Might was right, others were convinced he was wrong. But what I hoped the jury would realize was that there was no connection between right and not guilty nor between wrong and guilty (in this case). Sometimes, the lawyers even got carried away with their mixed emotions. The only thing that kept the trial intact and from exploding was my too frequent: "Overruled". But despite all the dangers, my fear transformed itself into the thrill I thought I had lost for the control of my courtroom.

The prosecutor made it clear in his closing statement that Mr. Might could have very well brought the drug cartel to justice. The defendant played more with the jury's different opinions: "If you wanted to save the ones you cared for, would you have done it." What would the jury think? Would they be compassionate saying he was right, or would they find him guilty on a technical basis. Finally, the verdict was in. My feelings, as usual never came in play. "We the jury find Mr. Might...not guilty." Cries of joy and relief burst throughout the room...

I stayed silent in my chair realizing just how sloppy the trial was. I sat high, but my pride was buried low. The jury decided, probably thinking that he was right in his killings. But as the decision was announced, I remember feeling a dark cloud of confusion hovering over me. I realized that we had been originally summoned here to choose between guilty and not guilty. And guilty he was, even though many thought he was right. For the first time in my life, I was a witness. Indeed, the world of difference between guilty or not and right or wrong fell in the gaze of my eyes and a shard of regret still pierces my heart.