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Justice zéro?

Les objectifs zéros sont à la mode: appauvrissement zéro, déficit zéro et maintenant illustré par l'affaire Roux et l'affaire Therrien, je m'inscris fortement contre cet objectif: «Justice zéro».

Certains journalistes et commentateurs ont démontré, avec ou sans humour, le ridicule de ces condamnations publiques générales, à la suite du rappel d'erreurs de jeunesse qui ne devraient plus entacher la vie de leur auteur. De façon inquiétante, l'ensemble des médias et des éditorialistes semblent avoir condamné Roux et Therrien et réclamer la punition la plus exemplaire, sans autre forme de procès et sans informations complètes. Cette forme de justice m'attriste.

Cette dénonciation outrée à l'égard de manques de jugement de Roux et Therrien et d'actes qualifiées d'«ignominies» grossies et magnifiées par les médias alimentent les conversations des citoyens. Ces derniers répètent, avec exagération et une certaine marge d'erreur, les événements reprochés à Roux et Therrien, devenus, aux yeux des citoyens, indignes de toute fonction sociale.

Arrêtons-nous un instant. Ce n'est pas ainsi que la justice doit être rendue. Elle exige plus de calme, de réflexion, de modération, d'équilibre et surtout un peu de temps... Elle exige aussi des conseils appropriés à ces «personnes condamnées par les médias et par la population», sans procès et études véritables. La punition est exigée avant l'enquête. L'enquête pourrait ramener les événements à leur juste proportion et démontrer que la punition réclamée était elle aussi une erreur et une injustice.

Il est dommage que Jean-Louis Roux ait dû démissionner. S'il avait été bien conseillé et s'il avait fait, le fameux lundi de sa démission, les excuses qu'il a prononcées publiquement, le touchant mercredi suivant, il serait probablement encore en fonction, assagi par une preuve qui l'aurait rendu plus prudent à l'avenir.

Quant au juge Richard Therrien, au risque de vous scandaliser, je souhaite qu'il ne démissionne pas, maintenant qu'il est nommé et jugé comme une personne compétente. Les saints ne se trouvent qu'au ciel, n'en déplaise aux purs et durs. Que les plaintes du ministre de la Justice soient correctement entendues et jugées par le Barreau et par le Conseil de la magistrature. Il y aura lieu d'aviser par la suite...

La justice, la plus vraie, celle que nous voulons tous pour nous-mêmes, exige de la patience, du temps et du silence...

Viateur Bergeron, avocat