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L'École du Barreau

Conditions trop sévères?

La fin du mois de novembre est l'heure des premiers constats, positifs ou négatifs, pour tous les étudiants inscrits dans l'une des quatre écoles du Barreau du Québec. Les résultats du premier bloc ayant fait leur soudaine apparition sur ce qu'il est convenu d'appeler notre nouveau «Mur des Lamentations», les effets pervers des échecs se font ressentir de façon plutôt cruelle. L'auteur tient toutefois à mentionner que ce texte n'est que le fruit d'un douloureux constat et non la somme d'une frustration post-examinale.

En plus de provoquer chez les étudiants un sentiment primaire de peine et de colère à la suite d'un échec, certains se voient perdre automatiquement un stage qu'ils avaient si durement obtenu. En effet, en imposant des conditions aussi sévères qu'absurdes afin d'être un jour assermenté, le Barreau rend l'accès à la profession encore plus difficile que la recherche même d'un stage.

En rendant obligatoire la réussite préalable des cinq examens avant de pouvoir faire son stage, un seul échec fait en sorte qu'un étudiant ayant obtenu un stage débutant dès la fin des cours (dernier examen le 7 mai 1997) se voit, dans plusieurs cas, obligé de s'en chercher un autre car il n'est plus disponible à la date convenue, parfois deux ans à l'avance. De plus, sa période de disponibilité se trouve amputée de deux longs mois car la reprise et la réussite d'un tel examen fait en sorte qu'il ne devient éligible à débuter un stage que le 14 juillet 1997. Les employeurs ont-ils le temps et surtout la gentillesse d'attendre jusqu'à cette date? Il est permis d'en douter lorsqu'on sait que le créneau désormais en vigueur ressemble sensiblement à la trilogie disponibilité-compétitivité-profit. Et que dire de ceux qui n'ont pas encore trouvé un stage? C'est la même rengaine sauf que pour eux, les chances de se placer se voient encore plus limitées. Il n'y a plus à en douter; être avocat c'est être en affaires et en affaires, le temps c'est de l'argent.

Qu'est-ce qui motive donc le Barreau à agir ainsi? Le marché du travail se charge pourtant lui-même d'effectuer une sélection des candidats les plus aptes à obtenir un poste de stagiaire. Il ne relève donc pas du Barreau d'imposer des conditions qui limitent l'accession au travail dans le domaine juridique. Ce dernier n'est censé que nous fournir une formation d'appoint uniformisée avant d'affronter la réalité du travail d'avocat.

La réussite des examens est une condition normale pour accéder au grade d'avocat et personne ne le conteste. Ce qui est par contre anormal, c'est d'en faire une condition sine qua non pour avoir droit à un stage si durement trouvé ou si difficile à obtenir.

La solution est pourtant évidente. Il suffirait simplement d'en faire une condition préalable à l'assermentation et non au stage. L'étudiant pourrait donc faire son stage à la date convenue avec son employeur mais il ne pourrait pas être assermenté tant et aussi longtemps qu'il n'aurait pas réussi tous ses examens. Les dates de reprises des examens pourraient demeurer les mêmes, à charge pour l'étudiant de concilier son travail de stagiaire et son étude.

Malheureusement, la réalité est toute autre. Le Barreau fait tout ce qu'il peut pour réduire l'accès à la profession et s'il pouvait en faire encore plus (comme un examen d'admission et la prolongation du stage à 12 mois), il le ferait. Une chance que nous avons des politiciens qui veillent à nos intérêts d'étudiants sinon ce serait la «loi de la jungle» ou si on préfère, celle du Barreau.

Le constat est simple à faire me disait un avocat l'été dernier: le Barreau et ses membres ne veulent pas de vous sur le marché et ils feront tout ce qu'ils peuvent pour qu'il en soit ainsi. Ce qu'ils veulent, c'est du cheap labor, des stagiaires qu'ils peuvent presser comme des citrons et renvoyer après six mois pour en reprendre d'autres. Ce qu'ils ne veulent pas, ce sont de nouveaux concurrents, ces jeunes loups prêts à tout pour obtenir une place, leur place.

En somme, l'École du Barreau n'est pas là pour aider et servir ses futurs membres, mais bien pour protéger ceux qui y sont déjà confortablement installés.

Marc Tessier, Étudiant à l'École du Barreau Québec