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L'engagement bénévole

Donner est la seule loi qui compte...

Guylaine Boucher
À chaque année, la période des Fêtes ramène son lot de collectes de fonds particulières. Guignolées, paniers de nourriture, cliniques de jouets, les organismes communautaires, déjà forts achalandés en temps normal, voient leur niveau de fréquentation, comme leurs responsabilités, décupler. Une effervescence qui se prépare toute l'année durant grâce au travail acharné des bénévoles, tant sur le plancher qu'au conseil d'administration. Au nombre de ces bénévoles figure un groupe toujours grandissant d'avocats et d'avocates soucieux de contribuer. Engagés depuis trois, quatre, cinq ou six ans, ils investissent ainsi annuellement un nombre considérable d'heures pour venir en aide aux plus démunis. Un engagement prenant ? Non, plutôt gratifiant. Vous devriez essayer, répondent-ils à qui veut bien l'entendre.

« Vous devriez essayer »,   répondent en coeur les bénévoles engagés dans différentes   organisations. « Un engagement prenant ? Non, plutôt gratifiant !   »
« Vous devriez essayer », répondent en coeur les bénévoles engagés dans différentes organisations. « Un engagement prenant ? Non, plutôt gratifiant ! »

« Je voudrais bien vous parler de ça maintenant, j'ai toujours énormément de plaisir à parler du travail extraordinaire que font les bénévoles, mais j'allais justement quitter pour aller à Moisson. J'ai une réunion et je suis déjà en retard. Je ne veux pas les faire attendre. » Comme à chaque semaine, Me  Bernard Cliche, avocat chez Flynn Rivard à Québec, est attendu à Moisson Québec où, avec les autres membres de l'exécutif, il veille au bon déroulement des activités. Élu récemment vice-président du conseil d'administration, son engagement avec l'organisme dure depuis déjà cinq ans. Un engagement délibéré et qu'il souhaiterait garanti pour l'éternité. « Je m'étais déjà engagé avant dans les conseils d'administration d'autres organismes. L'expérience avait toujours été intéressante, mais avec Moisson, j'ai le sentiment de vraiment venir en aide aux plus démunis. Notre mission rejoint un besoin fondamental de tout être humain : se nourrir, et en cela j'ai vraiment l'impression que nous intervenons à la base. »

Immense banque alimentaire à laquelle sont rattachés 150 organismes de distribution de nourriture, Moisson Québec offre aussi des services de formation, de cuisine populaire et de représentation. Plus récemment, l'organisme a aussi créé une fondation dont la mission principale est de permettre, par le financement, la création de micro-entreprises. Une aventure d'accessibilité vers l'emploi pour les exclus qui passionne littéralement Bernard Cliche.
« Avec cette fondation, nous aidons des gens qui ne parviennent pas à trouver de financement à nulle part. Depuis trois ans, c'est 20, 25 entreprises que nous avons contribué à créer comme ça. Ce n'est pas le Pérou, mais tout de même, aucune n'a fermé ses portes et des gens, qui auparavant n'avaient pas d'emploi, sont maintenant motivés et travaillent chaque jour. C'est tellement enrichissant », s'exclame-t-il.

Au-delà des préjugés

Enrichissant, c'est aussi de cette manière que Me Hubert Lacroix de chez McCarty Tétreault définit son engagement au conseil d'administration de l'Accueil Bonneau. Un engagement aux débuts quasi thérapeutiques. « Chaque fois que je me promenais sur la rue Sainte-Catherine et que les gens me tendaient la main pour avoir de l'argent, je devenais extrêmement mal et je ne savais pas quoi faire. Il y avait un malaise profond chez-moi face à ces démunis. La première question que j'ai posée à la directrice Nicole Fournier quand j'ai commencé à m'engager à Bonneau, c'est qu'est-ce qu'il fallait faire dans ce temps-là. Elle m'a tout simplement répondu qu'il fallait les regarder droit dans les yeux et leur souhaiter une belle journée. À partir du moment où elle m'a dit cela, j'ai compris bien des choses. »

Et pour cause, membre du conseil d'administration de l'organisme depuis déjà cinq ans, Hubert Lacroix ne tarit pas d'éloges sur les bienfaits de l'engagement social, plus particulièrement à l'Accueil Bonneau. « Dans la vie, tout va très vite. On s'imagine qu'on est très important, que le travail nous permet de réaliser des choses majeures jusqu'à ce qu'on s'assoie une heure avec Nicole Fournier et qu'elle nous raconte ce qu'elle a fait dans la journée. La réalité, la vraie, c'est celle-là. »

Si l'Accueil Bonneau est bien connu pour sa soupe populaire, son intervention ne se limite cependant pas à l'aide à la nourriture. L'organisme assure aussi des services de réintégration sociale, d'hébergement, d'habillement et même d'encadrement supervisé dans quelques maisons de chambres. Autant de choses, de gestes posés qui, selon Hubert Lacroix, font énormément réfléchir. « J'ai été et je suis encore membre de plusieurs conseils d'administration d'entreprises privées. J'ai appris énormément de choses à travers ses diverses participations, que ce soit à un conseil d'administration d'institution financière ou de multinationales, mais je crois pouvoir dire sans me tromper, que ce que j'ai appris à l'Accueil Bonneau est tout aussi riche. Il y a tellement de bonté, de sagesse dans chacun des gestes qui sont posés par les bénévoles qu'on ne peut pas faire autrement qu'apprendre de ça. »

Apprendre notamment à mettre ces préjugés derrière soi, explique Hubert Lacroix.
« Les gens s'imaginent souvent que les sans-abri sont des paresseux. C'est tout à fait le contraire. Il y a parmi eux, d'anciens entrepreneurs, gérants de banque, etc. La seule différence entre eux et nous c'est que, contrairement à eux, nous avons un réseau, des amis qui nous soutiennent quand viennent les temps durs. Il faut aller servir la soupe une fois pour comprendre toute l'importance de ne pas juger les gens. À Bonneau, ce sentiment d'acceptation est partout, dans chaque geste, chaque mot ou chaque bol de soupe. »

Donner autant que possible

Une impression que Me Marie-Josée Rioux avoue, elle aussi, avoir ressenti à sa première visite au Chaînon.
« Avant d'accepter de m'engager au sein de l'organisme, je suis allée manger avec les femmes. En entrant-là, le déclic s'est fait. Même moi qui suis finalement assez privilégiée dans la vie, je me suis immédiatement sentie chez-moi. Imaginez l'effet que cela peut faire à quelqu'un qui a vraiment besoin d'aide. Tout sent, goûte le réconfort. Il n'y a aucun jugement. C'est extrêmement rassurant. »

Après avoir agi comme patronne d'honneur pour les campagnes de financement de l'organisme, Marie-Josée Rioux est, depuis six mois, membre du conseil d'administration du Chaînon. Une expérience intense qui se concrétise à travers divers gestes. « Je fais tout ce que je peux pour aider. Évidemment je me charge de toutes les choses de nature juridique, mais j'essaie aussi de faire autres choses. Je trouve la cause trop importante pour limiter ma participation. Aussi souvent que je le peux, je vais donner un coup de main, il y a tellement de choses à faire. »

Fondé il y a 65 ans, l'organisme peut héberger 60 femmes victimes de violence pour des périodes variant de l'une à l'autre, en fonction de leur besoin. Une aventure d'environ 3 M $ annuellement si, du jour au lendemain on ne pouvait plus compter sur l'aide des bénévoles et des généreux donateurs. C'est que, explique Marie-Josée Rioux, « l'organisme doit solliciter pour tout, du plus simple crayon aux meubles, en passant par la poche de sucre. »

Un contexte de précarité et d'entraide tout de même largement enrichissant, selon Me Rioux. « Mon engagement auprès de ces femmes ou pour elles m'aide énormément personnellement. Les gens avec lesquels nous travaillons sont tellement stimulants. C'est un véritable accomplissement. Une belle leçon de respect de l'autre. »

Convertir autant que possible

Convaincus du bien-fondé de leur engagement, tant par ce qu'il leur procure personnellement, que par les retombées qu'il peut avoir pour les démunis, les avocats interrogés avouent aussi se faire agents-recruteurs aussi souvent que possible. « Quotidiennement, je dis aux gens qui manifestent un intérêt pour l'engagement social, de s'engager auprès du Chaînon, explique Marie-Josée Rioux. C'est une expérience merveilleuse et unique. De plus, les besoins sont tellement grands. »

Une invitation à la participation que Bernard Cliche affirme lui aussi lancer fréquemment. « Je suis tellement convaincu du fait que nous travaillons pour une belle œuvre que je ne me gêne pas pour inciter les gens à y prendre part, que ce soit des personnes dans mon entourage immédiat ou des collègues de travail. Le droit fait des avocats des gens très utiles pour les organismes communautaires et c'est sans compter les réseaux de contacts que notre pratique nous amène à construire. Notre engagement peut amener beaucoup. »

Une opinion que partage entièrement Hubert Lacroix, qui avoue conseiller un engagement comme le sien à n'importe qui. Toutefois, s'empresse-t-il d'ajouter, « les vrais
héros ce ne sont pas les membres du conseil d'administration, mais plutôt les bénévoles qui, quotidiennement, servent la soupe, préparent les repas, reprisent les vêtements ou coupent les cheveux des gars. Ce sont eux qui font la différence. Si je peux les aider un peu, rien au monde ne m'empêchera de le faire et de convaincre d'autres personnes de le faire. »