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Pour pratiquer loin, il faut voir grand

François Brodeur, avocat

Réjean Dubé, Claude Bédard, Mireille Peeters et Réjean Poitras ont des choses en commun. D'abord, ils pratiquent tous le droit en pratique privée. Ensuite, ils le font au cœur de régions qu'on dit « éloignées » et ils semblent tous aimer cela. Enfin, ils ont reçu de leurs confrères le mandat de les représenter au sein du Comité de la pratique privée. Et c'est là un mandat souvent aussi vaste que leurs horizons.

M<sup>e</sup> Richard Poitras
Me Richard Poitras

À Montréal, on se plaît souvent à croire que les avocats qui œuvrent en région éloignée forment une petite communauté « tricotée serrée ». Dans le Bas-du-fleuve, pourtant, les avocats de la section ne peuvent guère se voir entre eux qu'au congrès du Barreau. Et pour cause : la section couvre quatre districts judiciaires, Kamouraska, Rimouski, Percé et Bonaventure. Quand vos mandants s'éparpillent de La Pocatière aux Îles-de-la Madeleine, ça devient épique d'organiser une réunion, signale Me Réjean Dubé. Dans le Bas-du-Fleuve, la préoccupation première des praticiens est la même que partout ailleurs au Québec : le maintien du régime d'aide juridique. C'est d'autant plus criant dans cette région que les coupures dans l'assurance-chômage et la crise des pêches ont compromis la situation financière de bien des ménages.

Les grands espaces, c'est aussi le lot des gens de la Côte-Nord, rapporte Mireille Peeters. Là, c'est même un facteur déterminant. Pour aller de Fermont au palais de Sept-îles, il faut compter près de huit cents kilomètres. Si vous partez de Blanc-Sablon, prévoyez neuf heures de route. Et rien de tout cela n'est spécialement subventionné. Pas étonnant donc, que les avocats reçoivent quelquefois leurs mandats par la poste, sans jamais avoir rencontré leurs clients. Sur la Côte-Nord, l'avocat qui veut se spécialiser doit s'attendre à payer une fortune pour sa formation. Et pour les bibliothèques, c'est le système « D » qui préside. Amenez votre papier pour les photocopieuses.

Le bon côté, c'est qu'on fait spécialement attention à la façon dont on administre la justice. Autant les avocats que les juges d'ailleurs. Il y aurait peut-être des statistiques intéressantes à établir sur la façon dont on utilise la requête sur la Côte-Nord, ou sur la fréquence des remises.

N'en déplaise à ses colorés habitants, le Saguenay et le Lac-Saint-Jean, c'est encore assez petit lorsqu'on les compare aux régions en aval sur le fleuve. Les 305 avocats qui y pratiquent peuvent donc former une communauté plus soudée, mentionne Me Réjean Poitras. Ici, ce qui fait la prospérité d'un avocat, c'est souvent la clientèle d'une grosse usine. Cent mille habitants, ça demeure cependant un marché limité, surtout pour les jeunes. Et c'est plus difficile depuis la réforme de l'aide juridique : il y a moins de gens qui en profitent pleinement et le volet contributif ne semble pas du tout fonctionner. Pour Me Poitras particulièrement, le dossier le plus inquiétant est celui des bibliothèques de droit. Il craint le jour où on lèvera une cotisation spéciale de quatre cents ou de cinq cents dollars pour permettre aux avocats de la région de conserver un accès de base à la documentation juridique.

En Abitibi, Claude Bédard aussi s'inquiète de l'avenir des bibliothèques de droit en région, tout comme de la disponibilité des cours de perfectionnement. Pas facile de réunir le nombre de participants suffisants qui justifiera la tenue locale d'une activité de formation. Quand on lui demande ce qui irrite le plus les praticiens de sa région, la réponse ne tarde pas : les règles de pratique. Qu'elles viennent de la Cour d'appel ou de la Cour supérieure,
en région on pense surtout qu'elles viennent de Montréal et qu'elles devraient y demeurer. Particulièrement en ce qui concerne le déluge de paperasse exigé en matière familiale, ajoutent Me Peeters et Poitras.