ATTENTION : Les archives du Journal du Barreau vous sont présentées telles qu'elles ont été déposées sur le Web au moment de leur publication. Il est donc possible que certains liens soient non fonctionnels et que certains renseignements soient périmés.

Pour toute question ou commentaire concernant le Journal, communiquez avec journaldubarreau@barreau.qc.ca

Visitez la page officielle du Journal du Barreau sur le site Web du Barreau du Québec.

 

Conciliation travail-famille:

Des pistes de solutions

Louise Vadnais, avocate

La conciliation travail-famille n'est plus juste une affaire de femmes! C'est toutefois une préoccupation encore trop souvent portée par elles seules. Avec l'arrivée en nombre croissant de jeunes femmes dans la profession, cette problématique occupe une place de plus en plus importante au sein de la communauté juridique. Le Comité sur les femmes dans la profession en a même fait sa priorité. C'est sur cette déclaration de principe que la présidente du Comité, la bâtonnière Jocelyne Olivier, a ouvert l'atelier qu'elle animait, le 2 juin dernier au Congrès du Barreau 2000, à Mont-Tremblant.

La conciliation travail-famille était   au cœur des discussions de l'atelier organisé par le Comité   sur les femmes dans la profession, qu'animait la bâtonnière Jocelyne   Olivier
La conciliation travail-famille était au cœur des discussions de l'atelier organisé par le Comité sur les femmes dans la profession, qu'animait la bâtonnière Jocelyne Olivier

Six avocates et deux avocats ont pris la parole où ils ont, entre autres, parlé de leur parcours professionnel au moment de fonder une famille.

Me Claire Brassard, de chez Castonguay, White, Brassard, a eu la chance dès le début de sa pratique en 1982 d'entrer dans une organisation syndicale qui lui a permis d'avoir ses trois enfants dans un contexte où, dit-elle, « on ne pouvait pas se battre contre la vertu ».

« Dans les cabinets, j'ai vu mes compagnes aux prises avec de gros problèmes, déplore-t-elle. Ce n'était jamais le temps de tomber enceinte. À 30 ans, elles voulaient devenir associées et finalement, à 39 ans, elles avaient relégué leur désir de maternité aux oubliettes avec une tristesse infinie. Il existe différentes possibilités d'exercer notre profession, cela demeure une lutte et les exigences traditionnelles ne changeront pas pour ceux qui veulent devenir associés. »

L'égalité... une illusion?

Me Julie Letellier, de chez Letellier, Lacasse, Gagnon, est mère d'une fillette et accouchera de son deuxième enfant en septembre prochain. Associée nominale dans un petit cabinet, elle devra continuer d'assumer toutes ses charges pendant son congé de maternité. « Mon conjoint est ingénieur, il pourrait prendre un congé parental mais la perception de son milieu est tellement négative qu'il hésite à le faire. L'égalité demeure donc une illusion. Or, si les hommes étaient influencés positivement, l'égalité serait davantage réalisable. La femme fait du temps partiel pour prendre toutes les charges ménagères. Cela crée un autre déséquilibre », conclut-elle.

Me My Tram Doung, mère de trois enfants, pratique le droit seule. D'origine vietnamienne, elle affirme subir une subtile discrimination. « Quand on est avocat, dit-elle, on ne peut pas dire qu'on est une victime. Cependant, je dois toujours prouver ma compétence parce que je suis doublement différente, comme femme et comme asiatique. Mon conjoint, un enseignant, passe plus de temps avec les enfants. Parfois j'en suis jalouse », s'exclame-t-elle!

La culture de l'entreprise: un facteur déterminant?

Me Julie Latour, aujourd'hui aux Affaires juridiques à Loto-Québec, a choisi de retourner au travail à temps partiel après la naissance de sa fille. « J'ai été une pionnière par rapport au temps partiel. C'est une solution créative pour l'avenir. Et puis, les enfants apportent un certain équilibre. Les entreprises y trouvent leur avantage. On développe le sens de la planification et on s'habitue aux plans qui tombent à la dernière minute. »

Mère, permanente et syndiquée tout semble parfait pour Me Claire-Élaine Audet, du contentieux du Curateur public du Québec. « Congé de maternité, aménagement du temps de travail, congé sans solde, nous avons de bonnes conditions. Mais ce n'est pas suffisant. Un enfant étant un enfant, il faut s'absenter de toutes façons. C'est pourquoi la culture de l'entreprise est déterminante. Lors de ma deuxième grossesse, on m'a soutiré des dossiers importants qui me tenaient à cœur. J'ai vécu cela comme un échec, une pression très difficile à vivre à cause de l'incompréhension de l'employeur », affirme-t-elle.

Vice-président aux Affaires juridiques chez Vidéotron et père de trois enfants, Me François D. Ramsay doit livrer des résultats. Vidéotron est une entreprise où le propriétaire est aussi le patron et l'actionnaire de contrôle: le père et les deux fils y travaillent. Cela crée une culture d'entreprise plus familiale. Mais compagnie familiale ou non, admet Me Ramsay, l'entreprise n'échappe pas à la réalité du monde moderne. « Il faut livrer de la croissance aux actionnaires, donner un excellent rendement, faire mieux que les concurrents. Comme donneur de mandats je considère que la problématique travail-famille relève du cabinet que j'engage. On ne fait pas toujours ce que l'on prêche. C'est dicté par la réalité économique! »

Donner l'exemple

Me John Nicholl, père de trois enfants, associé au sein de Nicholl Paskell-Mede, estime que les associés fondateurs d'un cabinet doivent donner l'exemple d'équilibre entre vie professionnelle et vie de famille. « C'est le point de départ. Dans notre cabinet, nous sommes passés de 1 800 heures facturées par année à 1 400 heures. C'est sûr qu'un cabinet de litige, ce n'est pas le paradis terrestre. Cependant, travailler le soir et la fin de semaine est toujours l'exception et ne deviendra jamais la règle. »

Son associée, Me Jo-Anne Demers, exhorte les cabinets de pratique privée à changer leur philosophie et leur culture dans le respect des individus. « J'ai un fils de trois ans, je suis à la maison à 5 h 30 et le soir je travaille de chez-moi. Je me sens coupable, mais je pars quand même. Le travail, il va toujours y en avoir. Notre cabinet offre deux genres d'association, selon les aspirations ou les ambitions de l'avocat. La solution est donc de ne pas se fermer à l'évolution. »

Éliminer les obstacles

Invitée par la bâtonnière, Madame Nicole Boily, présidente du Conseil de la famille et de l'enfance, a souhaité que les mesures prises par le gouvernement afin de favoriser la conciliation travail-famille soient accessibles. « En 1979, il y a eu le congé de maternité, plus récemment, en 1997, le développement des services de garde. Il reste à mettre en place un morceau important : le congé parental.1 Le plus difficile, c'est de faire reconnaître qu'il est légitime de recourir à ces mesures mises à la disposition des familles, qu'on soit une homme ou une femme, sans que ce soit un obstacle à l'avancement professionnel. »

La présence des femmes dans la profession apporte une diversité qui crée une richesse et une force au sein de la communauté juridique. Il faut donc faire en sorte que les femmes n'aient pas à faire un choix déchirant entre la vie professionnelle et la vie familiale. Tout un défi lancé par la bâtonnière Jocelyne Olivier et tout un engagement pris par le Comité sur les femmes dans la profession!

Environ deux semaines après la tenue de cet atelier, la ministre de la Famille et de l'Enfance, Pauline Marois, présentait à l'Assemblée nationale le Projet de loi 140, Loi sur l'assurance parentale.