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Trente ans de création au Théâtre d'aujourd'hui

Quatre avocats montent sur les planches

Louise Vadnais, avocate

Des gens d'affaires, des professionnels, une vingtaine en tout, ont eu le loisir de délaisser leurs mallettes durant quelques semaines pour se préparer à monter sur la scène du Théâtre d'aujourd'hui et participer aux Soirées bénéfice Tenir parole, qui avaient lieu les 16, 17 et 18 mai dernier. Parmi eux, quatre membres du Barreau du Québec...

M<sup>e</sup> Harold White donne ici la réplique   à madame Micheline Thibodeau, radiologiste à l'Hôpital général   de Montréal, dans un extrait de À toi, pour toujours, ta Marie-Lou,   sur la scène du Théâtre d'aujourd'hui (Photo: Gilles Duchesneau)
Me Harold White donne ici la réplique à madame Micheline Thibodeau, radiologiste à l'Hôpital général de Montréal, dans un extrait de À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, sur la scène du Théâtre d'aujourd'hui (Photo: Gilles Duchesneau)

Me Claire Brassard, également secrétaire du conseil d'administration du théâtre, Me Luc P. Mercier, Me Stella Leney et Me Harold White sont en effet devenus comédiens pour trois soirs, jouant des extraits de pièces d'auteurs québécois qui ont marqué les trente ans de création théâtrale du théâtre de la rue Saint-Denis à Montréal.

Un pari gagné

Créées il y a cinq ans, les Soirées bénéfice du Théâtre d'aujourd'hui sont une initiative de Me Claire Brassard, organisatrice en chef de ces Soirées. Elle avait, à cette époque, assisté à un spectacle bénéfice au Théâtre Centaur dans lequel jouait Me Peter M. Blaikie. Déjà conquise par le théâtre pour avoir suivi des cours et avoir fait « du théâtre féministe, engagé, politique », elle est enthousiasmée à l'idée de faire monter sur scène des gens d'affaires issus de milieux différents.

Me Brassard conçoit alors l'organisation d'un spectacle bénéfice, version francophone, qu'elle propose à Michelle Rossignol, alors directrice du Théâtre d'aujourd'hui. C'était en 1996. « Elle a accepté et m'a dit « bonne chance! », complètement incrédule. Et nous avons ramassé 100 000 $, ajoute fièrement Me Brassard. J'ai fait ça parce que j'aime profondément le théâtre en plus d'aimer réunir du monde. J'aime l'effet de synergie entre les gens de différents milieux que fait naître l'expérience de jouer. Faire quelque chose d'exceptionnel, d'inusité, en dehors des rencontres dans des cocktails. Bien que la moyenne d'âge soit proche de 50 ans, on a du plaisir comme à 12 ans! »

Une bouffée de fraîcheur

Ces comédiens d'un soir (de trois en fait!) doivent aussi solliciter leurs amis, connaissances, clients, confrères, afin de remplir la salle de 250 places durant les trois soirs. À 175 $ le billet, ce n'est pas toujours évident... encore plus difficile pour certains que de monter sur les planches. « Au moins les gens qui acceptent de venir voir le spectacle ont l'impression d'en avoir pour leur argent, assure Me Luc P. Mercier. C'est nous qui se donnons et ils sont à même de le constater! »

Mais pour Me Mercier, qui en est à sa deuxième année, cette difficulté s'efface aisément devant la relation privilégiée qui s'installe entre les comédiens. « Sans le théâtre, cela aurait pris des années avant de développer une telle complicité entre des gens de métiers aussi différents: médecin, banquier, économiste, fleuriste, traiteur, communicateur, avocat. C'est une bouffée de fraîcheur! Ça permet de décrocher! Je souhaite aux avocats de vivre une expérience de cet ordre là, qu'on ne retrouve pas ailleurs! »

Performance, dépassement, découverte

Jouer est aussi un travail d'équipe. Me Stella Leney, qui en est à sa quatrième année comme comédienne au spectacle bénéfice du Théâtre d'aujourd'hui, est fascinée par la solidarité qui se développe au sein du groupe. « Le défi de l'avocat et celui du comédien ont en commun le dépassement de soi, la recherche de la performance. Un encadrement par des professionnels du théâtre nous permet de faire sortir un potentiel que beaucoup d'entre nous avons, observe l'avocate. Le théâtre c'est vivant, chaque soir c'est différent. Je suis prête à recommencer! »

Fort de sa troisième participation aux Soirées bénéfice du Théâtre d'aujourd'hui, Me Harold White exhorte les avocats à sortir de leur bureau et à venir au théâtre, fréquenter les œuvres des créateurs québécois. « Depuis trois ans, le soleil s'est levé sur une partie du monde que je ne connaissais pas. Je n'ai jamais fait de théâtre de ma vie! C'est un monde à découvrir. Je ne pensais jamais être capable de jouer! »

Un cadeau de la nature

Pourtant, la comédienne Louise Turcot, qui assistait au spectacle du 17 mai, a remarqué l'interprétation de Me White incarnant Léopold dans À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, de Michel Tremblay, puis Denis dans 24 poses (portraits), de Serge Boucher. « Beaucoup d'acteurs sont d'anciens avocats, fait remarquer madame Turcot. Être comédien, c'est entrer dans un état et en même temps être ouvert au public. Il y a des gens qui possèdent cet instinct, qui l'ont reçu à la naissance, comme un cadeau de la nature. C'est la base du métier. »

« Le théâtre a quelque chose d'unique et de spécial. C'est un art rassembleur qui a la grande qualité d'interpeller », affirment pour leur part les jeunes metteurs en scène du spectacle Tenir parole, Caroline Lavoie et Jean-Stéphane Roy. « Avec des comédiens amateurs on fait un plus grand travail sur le texte et sur le personnage, explique madame Lavoie. C'est un travail un peu plus long, mais on arrive à aller chercher l'émotion. Ces comédiens improvisés sont très travaillants. Ils plongent, se donnent des défis avec beaucoup de cœur, d'ouverture et de générosité. »

Jean-Stéphane Roy s'est également dit très content du travail de l'équipe de Tenir parole. « Les gens d'affaires sont habitués à subir de la pression et tout à coup ils deviennent fragiles, ils s'abandonnent. Je deviens alors un guide. Avec eux, je redécouvre le plaisir de faire du théâtre. »

Aujourd'hui, ici et maintenant

Et que pense le directeur artistique du Théâtre d'aujourd'hui, René Richard Cyr, de ce contact entre le milieu juridique et celui du théâtre? « Le théâtre offre des condensés de vie, pour sentir le pouls de la société, sentir ce qui la fait vivre, mourir. Or les avocats, les juges, travaillent dans la société. S'ils ne veulent pas être déconnectés dans leur tour d'ivoire il faut qu'ils voient et qu'ils entendent ce que les vivants ont à dire aux vivants. »

C'est donc une invitation à fréquenter le Théâtre d'aujourd'hui, rue Saint-Denis, à Montréal, un théâtre d'ici, de maintenant, là où naissent et meurent des personnages, « miroirs et témoins de nos vies ».