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Le combat juridique d'une ONG pour aider les enfants

Le casse-tête de Casa Alianza

Mélanie Raymond, avocate


«Difficile. Très difficile. C'est comme se frapper la tête contre un mur». C'est en ces mots que Bruce Harris, directeur de l'organisation Casa Alianza1 (voir encadré) décrivait le travail de son organisme qui poursuit en justice les responsables de la mort d'enfants d'Amérique centrale. Heureusement, la dernière victoire de l'organisation contre l'État guatémaltèque, condamné à verser près d'un demi-million $ US aux familles d'enfants assassinés par les forces policières, lui donne un peu d'espoir bien que l'argent ne soit toujours pas versé aux familles.

Casa Alianza se consacre à la défense des enfants en Amérique centrale
Casa Alianza se consacre à la défense des enfants en Amérique centrale

C'est en 1991 que Casa Alianza a débuté ses activités dans le milieu juridique avec l'ouverture de son premier bureau d'aide et de consultation juridiques au Guatemala. La nécessité de cette initiative est apparue à M. Harris après la mort de Nahamàn, un jeune guatémaltèque de 13 ans battu à mort par quatre policiers en mars 1990. Depuis, Nahamàn est devenu le symbole de la lutte de Casa Alianza et pour Harris, il est le reflet de la violence que subissent les enfants de la rue de l'Amérique centrale.

C'est donc avec la collaboration de l'ambassadeur du Canada au Guatemala à l'époque, Brian Dickson, et le financement canadien que le Centre d'aide juridique du Guatemala est né. Ont suivi les centres du Honduras en 1997 et du Nicaragua en 1999.

« Naïvement, nous pensions qu'il suffisait de recueillir de l'information sur les différents assassinats et de les présenter aux instances judiciaires pour obtenir des condamnations », explique M. Harris. Or, les diverses expériences de Casa Alianza lui ont enseigné qu'il fallait faire preuve d'un peu plus de ruse et de détermination.

La démarche

Ainsi, chaque bureau d'aide juridique, qui est composé d'un avocat et d'étudiants en droit, procède d'une façon quasi-systématique dans chaque dossier. D'abord, puisque les enfants de la rue connaissent maintenant Casa Alianza, ce sont eux qui, généralement, contactent l'organisme pour dénoncer la violence dont ils ont été témoins. Par la suite, les éducateurs de Casa Alianza font eux-mêmes une courte enquête et alertent le bureau d'aide juridique qui, immédiatement, se charge d'amasser des preuves. « Cela peut consister en des entrevues avec des témoins ou à s'assurer que le nom de l'enfant apparaît aux registres de l'hôpital, laisse entendre M. Harris.

Par la suite, une plainte sera logée à plusieurs endroits: le système interne de plaintes contre les autorités policières, le ministère public et le bureau des droits de la personne qui, dans les pays où Casa Alianza œuvre, constitue un organe indépendant du système judiciaire. On ne négligera pas non plus de mobiliser le plus tôt possible l'opinion publique afin de s'assurer que le dossier ne restera pas sur une tablette. « L'opinion publique est plus importan-
te que les mécanismes du système judiciaire pour s'assu-
rer que les dossiers seront menés à bon port », insiste M. Harris.

Bruce Harris, directeur de l'organisation Casa Alianza
Bruce Harris, directeur de l'organisation Casa Alianza

Enfin, une attention soutenue est portée au suivi du dossier sans quoi, rien ne se passera. De deux à trois fois par semaine, quelqu'un visitera le palais de justice afin de s'enquérir, auprès des autorités de l'État, du dossier et une fois pas mois, une demande formelle par écrit sera faite. « C'est comme si l'on tentait de donner de l'oxygène à un système judiciaire qui se meurt en même temps que de faire notre travail de défense des droits des enfants. Ce n'est pas facile, admet le directeur de Casa Alianza. À tout le moins, l'inefficacité du système permet d'alerter l'opinion publique sur ce qui se passe. C'est comme s'ils se tiraient dans le pied. »

Présent en Amérique centrale

Casa Alianza intervient aussi dans les systèmes judiciaires de certains pays d'Amérique centrale. Au Costa Rica, par exemple, où il se fait beaucoup de tourisme sexuel, une unité d'enquête sur les crimes de nature sexuelle contre les enfants et la violence faite aux femmes a été fondée en 1998. L'unité, qui n'a pratiquement aucunes ressources financières, a pu bénéficier de l'appui de Casa Alianza, qui a non seulement offert sa collaboration mais fait du lobbying afin d'obtenir du financement de l'Angleterre pour le fonctionnement de l'unité. « On se doit de collaborer avec eux si l'on veut réussir, explique Bruce Harris. Ce sont eux qui ont le pouvoir d'accuser des gens. »

Le rôle de la communauté juridique québécoise

« Les autorités judiciaires ont tendance à recevoir les commentaires et critiques de confrères d'une façon moins défensive, croit M. Harris. Ainsi, la communauté juridique québécoise aurait intérêt à faire du lobbying pour promouvoir un fonctionnement judiciaire efficace dans les pays d'Amérique centrale. Il serait également intéressant que les avocats d'Amérique centrale aient l'opportunité d'étudier le fonctionnement des tribunaux canadiens, ce qui pourrait se faire, entre autres, avec une meilleure collaboration dans les dossiers de réfugiés. Et pourquoi ne pas appuyer d'une façon financière ou technique, l'un de nos bureaux d'aide juridique? » *

La mission de Casa Alianza

L'organisme sans but lucratif se consacre à la défense des droits des enfants de l'Amérique centrale, plus particulièrement des enfants de la rue du Guatemala, du Honduras, du Nicaragua et du Mexique. Elle se veut la branche latino-américaine de l'organisme américain Covenant House et ses bureaux sont situés à San José, au Costa Rica, afin notamment d'assurer la sécurité des gens qui y travaillent.

Outre les bureaux d'aide juridique, Casa Alianza possède des centres de crise, donnant abri et nourriture aux enfants de la rue, des services de réhabilitation et de désintoxication, des maisons de transition et de groupes, des programmes de réunion familiale, de prévention du SIDA et de lobbying pour la protection des droits des enfants.

En 1999, Casa Alianza recevait le premier prix du Bureau international des enfants (dont le siège social est situé à Montréal, sous la présidence de la juge Andrée Ruffo) pour sa collaboration à la défense des droits des enfants. En 2000, l'organisme recevait le prix Conrad N. Hilton « pour sa contribution extraordinaire à alléger la souffrance humaine ». Enfin, en juin dernier, son directeur, Bruce Harris, était sacré Officier de l'Ordre de l'empire britannique.

www.casa-alianza.org