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Mexique, le 2 juillet 2000

Michel A. Solis, avocat

Les médias, tant d'ici que d'ailleurs, ont largement couvert les élections mexicaines de l'été dernier, par lesquelles Vicente Fox est devenu le premier président mexicain d'un parti autre que le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) depuis 71 ans. Ces élections avaient lieu le 2 juillet 2000 et elles furent très différentes de celles qui les avaient précédées aux cours des dernières décennies.

Au-delà de la nouvelle de l'élection, au-delà des apparentes qualités de Vicente Fox pour gouverner le pays et effectuer des changements, un élément des plus importants à noter dans l'expérience mexicaine récente est... l'adoption d'une loi! Une loi adoptée en 1996 sans que les médias internationaux n'y portent une attention particulière. Une loi par laquelle l'Institut fédéral électoral, l'équivalent mexicain du Directeur général des élections, devenait indépendant. Cet Institut était auparavant sous l'égide du ministère de l'Intérieur, donc du parti au pouvoir; c'est comme si, au Québec, le Directeur général des élections répondait du ministère de la Sécurité publique... avec l'obligation d'agir en fonction des intérêts du parti au pouvoir sous peine d'être limogé!

C'est sous le président sortant Ernesto Zedillo et le Congrès mexicain, en 1996, qu'une loi par laquelle le parti au pouvoir ne pouvait plus avoir quelqu'influence que ce soit sur le mécanisme électoral et ne nommait plus le dirigeant de l'Institut électoral fédéral a été votée. À partir de ce moment, le parti au pouvoir est soumis aux mêmes règles que les autres partis en ce qui concerne les élections.

La majorité des experts croient que cette loi est à l'origine de la victoire de M. Fox.

Avant la loi de 1996

Le mécanisme électoral que nous connaissons ici, et que nous avons notamment vécu à nouveau à la fin du mois de novembre 2000, n'est certes pas parfait, mais il fait tout de même l'envie de bien des gens de par le monde. Les élections, telles qu'elles se passaient auparavant au Mexique, pour élire son président, faisaient certes maugréer ses citoyens (et plus fort qu'ici!).

L'écrivain péruvien Mario Vargas Llosa a déjà qualifié les élections mexicaines de dictature parfaite... Des présidents différents étaient élus chaque six ans, sans possibilité de réélection, mais le même parti politique restait toujours au pouvoir. Plusieurs autres partis pouvaient exister, mais aucun n'avait réellement de chance de gagner la présidence de la république. Il y avait des fraudes électorales. Il y avait des achats de votes. Il y avait des menaces. Il y avait surtout un processus électoral organisé par (et pour) le parti au pouvoir, incluant, disent les commentateurs, l'utilisation pour ses fins des médias électroniques d'État; c'est un peu comme si Jean Chrétien s'accaparait de la Société Radio-Canada comme son propre instrument publicitaire.

Ce parti qui détenait le pouvoir, depuis 1929, était le Parti révolutionnaire institutionnel.

Le PRI, solidement aux rênes du pays, était qualifié par plusieurs de « parti d'État » et même « d'État-parti ». Cette exclusivité du PRI a des raisons historiques: pendant le dernier siècle d'histoire du Mexique, il y a certaines décennies pendant lesquelles le pays avait, selon plusieurs observateurs, beaucoup à gagner à échanger une diversité de partis pour une stabilité accrue, si on la compare à celles de certains pays d'Amérique du Sud.

Il faut aussi savoir que plusieurs factions politiques cohabitaient à l'intérieur du PRI, (d'où son nom paradoxal?) qui, au fil des ans et des luttes de pouvoir interne, a évolué en fonction de la personne qui le dirigeait. De président en président, on est passé de la gauche, à l'extrême-gauche, au centre, et du quasi-socialisme à un certain corporatisme.

La victoire de Vicente Fox

Le 2 juillet 2000, pour la première fois en 71 ans, un parti autre que le PRI a gagné les élections à la présidence du Mexique. Une coalition nommée Alliance pour le changement, regroupant le Parti pour une hausse du cours du peso (qui n'est cependant pas arrivée). De plus, la plupart des organisations industrielles et des chambres de commerce, tant au Mexique qu'à l'étranger, témoignent d'une confiance à l'égard du président élu, et croient, selon Jean-Paul David, président de Mercadex International et de la Chambre de commerce Mexico-Canada, que son arrivée sera bénéfique pour le pays et les investisseurs, tant mexicains qu'étrangers.

On croit donc que la performance économique remarquable que le Mexique a vécue ces dernières années sous le président Ernesto Zedillo pourra se poursuivre. Le PIB du Mexique a cru de 3,6 % en 1999 et l'inflation y a été quatre fois moins importante qu'en 1995.

Le Mexique est membre de l'ALÉNA et constitue, en importance, la deuxième économie d'Amérique latine après le Brésil, avec une taille comparable à environ deux tiers de l'économie canadienne, estime Jean-Paul David. Selon le Consul général du Mexique à Montréal, Jaime Garcia Amaral, le produit intérieur brut du Mexique est notamment supérieur à celui du Portugal, de la Nouvelle-Zélande et de l'Irlande. Toujours selon M. Garcia Amaral, le Mexique est le plus grand exportateur d'Amérique latine, et le Canada importe davantage du Mexique que de l'Italie, de Hong Kong, de Taïwan ou des Pays-Bas.

La victoire de Vicente Fox est-elle une victoire de la démocratie? De l'équité? Est-ce une victoire due aux pressions internationales? À un Président voulant laisser sa marque? La décision de Zedillo, quant à la mise en œuvre de la loi rendant indépendant l'Institut électoral fédéral, fut révolutionnaire... sans révolution!

Plus ça change...

Le terme du président sortant, Ernesto Zedillo, s'est terminé à la fin de l'an 2000. Le président élu, Vicente Fox, est maintenant officiellement en fonction. M. Fox a déjà fait une tournée internationale, dans le but de rencontrer dans le cadre de visites officielles les chefs d'État qu'il côtoiera.

Lors de ses discussions avec le Canada, jusqu'ici, le président mexicain a pu connaître à son tour les velléités fédérales-provinciales ou Canada-Québec. On se souvient que le premier ministre du Québec s'est déclaré fort déçu de ne pas être invité à rencontrer M. Fox, dans le cadre d'une « erreur protocolaire ».

Bien des choses ont changé, mais pas ça !