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Une exposition du Musée du Château Ramezay

Le XIXe siècle du juge Georges Baby

Jean Breton

Jusqu'au 20 mai prochain, le Musée du Château Ramezay présente une intéressante exposition intitulée À l'aube du Canada moderne: le XIXe siècle de l'honorable juge Baby. Réunies dans deux salles de l'édifice historique du Vieux-Montréal, 122 pièces de natures diverses (tableaux, meubles, objets, cartes géographiques et documents) racontent l'histoire de la bourgeoisie canadienne-française de l'époque par l'entremise de Louis-François-Georges Baby (1832-1096), président de la Société d'archéologie et de numismatique de Montréal de 1874 à sa mort et, à ce titre, principal fondateur du Musée du Château Ramezay.

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L'exposition nous fait découvrir que George Baby était bien plus qu'un homme de culture. Comme l'écrit l'historienne Valerie E. Kirkman à la fin de l'ouvrage qu'elle lui a consacré1: « Sans avoir été un personnage de première importance de la seconde moitié du XIXe siècle canadien et québécois, il fit partie de cette moyenne-bourgeoisie qui, souvent dans l'ombre des grands personnages, a marqué le développement politique et culturel du Québec et du Canada ».

Dans les faits, celui qui concevait un attachement marqué pour le Canada et dont la devise personnelle était Mon Dieu, ma patrie, mon devoir, multipliera les succès tout au long de sa carrière de juriste, d'homme politique et de brasseur d'affaires.

Le droit mène à tout

Admis à l'étude du droit en 1851 par la section de Montréal du Barreau du Bas-Canada, George Baby entreprend aussitôt une stage clérical sous la direction de Thomas-Jean-Jacques Loranger, un juriste brillant et respecté qui sera chargé plus tard de la codification des lois de la province de Québec. Après l'entrée en politique de Loranger, Baby travaille auprès de Lewis T. Drummond, alors procureur général du Bas-Canada, tout en poursuivant ses études à la Faculté de droit de l'Université Laval. Un fois sa cléricature terminée, Drummond lui offre un poste de commis dans son bureau de procureur-général, à Toronto. C'est au cours de son séjour là-bas qu'il se lie d'amitié avec George-Étienne Cartier.

Reçu au Barreau en 1857, il amorce sa carrière d'avocat à Montréal, au cabinet de Drummond. Vers 1860, il s'établit à Joliette et s'associe avec Louis-Auguste Olivier, reconnu à l'époque pour sa profonde connaissance du droit et de la jurisprudence. Proche du Parti conservateur depuis son séjour à Toronto, Baby est nommé avocat de la Couronne, district de Joliette, par George-Étienne Cartier et John D. Macdonald, en 1865. En 1873, il s'associe avec Lewis Arthur McConville et, au fil des ans, se bâtit une solide réputation comme avocat.

Le saut en politique

La carrière politique de George Baby débute à Joliette alors qu'il siège à titre de conseiller et de maire suppléant, à partir de 1864, et à titre de maire, de 1872 à 1874.

En 1872, il a aussi été élu pour la première fois député conservateur du comté de Joliette. En 1878, il devient ministre du Revenu à l'intérieur et joue un rôle dans l'implantation de la Politique nationale, le plan de relance économique du nouveau gouvernement conservateur. Il se retrouve aussi responsable de l'uniformité des poids et des mesures utilisés dans le commerce canadien, des inspections et des taxes fédérales.

Canadien-français catholique, George Baby ne peut que défendre les intérêts de ses compatriotes à la Chambre des Communes. Il exigera notamment l'amnistie de Louis Riel et s'opposera à la création d'une Cour suprême du Canada, craignant que ses juges n'interprètent mal le droit civil français. Ébranlé par les scandales qui marquent la politique canadienne et québécoise de l'époque et par les accusations de corruption et de patronage dont il fait personnellement l'objet, il donne sa démission en 1880, après avoir siégé comme ministre pendant à peine deux ans.

Le juge Baby

En 1881, après avoir siégé brièvement à titre de juge suppléant, George Baby est nommé officiellement juge de la Cour du banc de la reine. « Sans nécessairement laisser une marque indélébile sur la fonction judiciaire, écrit Mme Kirkman, celui que la mémoire collective a immortalisé sous le nom de juge Baby y trouve un grand prestige dans la société québécoise et se retrouve impliqué dans des dossiers délicats au sein desquels on sollicite sa présence pour son doigté, sa vaste culture et ses relations ».

En 1888, par exemple, le gouvernement Mercier le délègue à Rome pour conclure une entente avec le Vatican dans l'affaire des biens des Jésuites. Au cour de son séjour à Rome, il travaille aussi à l'obtention d'une succursale indépendante de l'Université Laval à Montréal. Toujours la même année, il fait partie de la commission royale d'enquête chargée de faire la lumière sur le scandale ferroviaire qui implique le gouvernement libéral d'Honoré Mercier.

Collectionneur et philanthrope

Le juge Baby prend sa retraite en 1896 et consacre les dernières années de sa vie aux choses qui le passionnent vraiment: la culture, les lettres, l'histoire, l'horticulture et... sa collection personnelle qui comprenait plus de 20 000 documents historiques et une grande quantité de tableaux, de livres sur l'histoire canadienne, de monnaies et de médailles, d'objets anciens et d'artefacts amérindiens.

À sa mort, en 1906, il lègue ses collections à la Société d'archéologie et de numismatique de Montréal, à l'Université Laval et au Collège de Joliette. À l'exception d'un tableau prêté par le Musée de Joliette, toutes les pièces de l'exposition ont été tirées de la collection Baby du Musée du Château Ramezay.

Passionné d'histoire mais résolument de son temps, Georges Baby s'est taillé une place dans la galerie de portraits qu'il nous a laissés, côtoyant encore aujourd'hui les personnalités de premier plan qu'il a connus de son vivant.

Bien que l'exposition s'adresse au grand public, Jean-François Royal, archiviste des collections du musée, invite tout spécialement les membres de la communauté juridique à venir faire connaissance avec l'un de leurs « ancêtres professionnels ».

Le Musée du Château Ramezay est situé au 280, rue Notre-Dame Est, à Montréal. Téléphone: (514) 861-3708. Heures d'ouverture: du mardi au dimanche, de 10 h à 16 h 30. Droits d'entrée : 6 $ (adultes). Et les membres du Barreau qui se présenteront au musée avec un exemplaire du Journal du Barreau pourront bénéficier d'un « deux pour un ».

KIRKMAN, Valerie E. Louis-François-George Baby: Un bourgeois canadien-français du 19e siècle (1832-1096), Sherbrooke, Les Éditions G.G.C. ltée, 2001, 112 p (Collection Patrimoine).