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Sondage du Comité de l'inspection professionnelle

Une retraite de qualité, ça se prépare!

André Giroux

Savez-vous qu'un avocat sur six estime que ses REÉR et fonds de pension ne lui permettront jamais de prendre une retraite ? Cette donnée représente 872 avocats aujourd'hui âgés de plus de 50 ans! En effet, le Barreau du Québec compte 5232 avocats âgées de plus de 50 ans, ce qui représente 27 % des effectifs de la profession. Trois avocats sur quatre lient leur décision de prise de retraite à leur capacité de l'assumer financièrement. Or, le tiers des avocats de plus de 50 ans estiment qu'ils ne pourront la prendre avant l'âge de 70 ans...

M<sup>e</sup> William Dufort, directeur du Comité de l'inspection professionnelle du Barreau du Québec
Me William Dufort, directeur du Comité de l'inspection professionnelle du Barreau du Québec

Le Comité d'inspection professionnelle du Barreau constate qu' « il y a actuellement un certain nombre de confrères âgés qui exercent en solitaire et dont la compétence est suspecte et se détériore au même rythme que la profession évolue ».

Pour mieux connaître la situation et recueillir des pistes de solutions, le Comité de l'inspection professionnelle a réalisé un sondage auprès des avocats de 50 ans et plus. C'est le sous-comité chargé d'élaborer une approche efficace pour aider les avocats aînés à mieux planifier leur retraite qui en est responsable. Pour ce sous-comité, « s'il est exact que c'est souvent pour des raisons financières que plusieurs avocats aînés s'accrochent à une pratique déficiente, il y en a aussi beaucoup qui le font par sentiment d'appartenance au Barreau du Québec. En effet, des avocats pour qui l'exercice de la profession a toujours été la principale préoccupation, pour ne pas dire la seule, ne peuvent ou ne veulent tout simplement pas se retirer ».

Les inspecteurs du Comité de l'inspection professionnelle du Barreau disposent de peu de moyens pour faire face à la situation. Pis encore, souligne le sous-comité, les moyens actuels « ont l'inconvénient de ne pouvoir être déclenchés qu'après que la situation se soit détériorée à un point tel que toutes les mesures de redressement, sur une base volontaire, soient devenues inefficaces ».

« La situation est encore anecdotique, affirme Me William Dufort, directeur du Comité de l'inspection professionnelle du Barreau du Québec. Nous pouvons assumer nos responsabilités lorsqu'un ou deux avocats par année ont des pratiques déficientes. Si c'est par vagues successives que ces situations surviennent dans 5, 10 ou 15 ans, nous aurons de sérieux problèmes. »

Préparer tôt sa retraite

Les répondants au sondage avaient la possibilité d'émettre des suggestions concernant la retraite. La majorité d'entre elles visent à prévenir les plus jeunes afin qu'ils évitent de répéter « l'erreur de leurs aînés, à savoir un manque d'autogestion, le tout provenant très souvent d'un manque d'information », souligne le rapport du sous-comité.

« Le message des répondants, résume Me Dufort, c'est de cotiser tôt à un REÉR. Les jeunes auraient tout avantage à intégrer rapidement la cotisation à leur train de vie. Sinon, il est trop facile de passer outre. Or, plus les cotisations sont versées tôt dans la vie, plus les revenus d'intérêts s'amassent facilement. »

Éviter l'isolement

Les aînés qui éprouvent des difficultés ont un trait en commun: l'isolement, signale le rapport. « Notre pratique nous amène à bâtir un réseau professionnel au cours des ans, illustre Me Dufort. Vient un moment où les membres de ce réseau prennent leur retraite. On se retrouve alors isolé pendant que les plus jeunes développent leur propre réseau. Les aînés reçoivent alors moins de mandats, moins de clients. Les revenus diminuent en conséquence. L'incitation à la mise à jour des connaissances diminue. »

Voilà la spirale en route, mais en sens inverse cette fois-ci. « Les avocats pratiquant seuls vivent cette situation de façon plus difficile encore, observe Me Dufort. Les avocats de cabinets peuvent compter plus longtemps sur un réseau interne. »

Un autre groupe d'avocats vit un tel isolement. Ce sont les jeunes en début de carrière. « Trop de jeunes créent des cabinets seuls ou en partenariat avec d'autres jeunes faute de trouver un emploi dans des cabinets établis », souligne Me Dufort, qui rêve d'établir des ponts plus solides entre ces deux solitudes.

« Les aînés ont développé et conservent une précieuse expérience devant les tribunaux, en négociation, en relations avec les clients et les témoins-experts. Cette expérience pourrait être fort utile aux jeunes. Ceux-ci ont les connaissances à jour, la fougue, l'énergie, le dynamisme et la capacité de recherche à partir des nouveaux outils technologiques. L'aîné et le jeune pourraient conserver leur propre pratique, mais établir un partenariat plus solide que le mentorat. »

Cette collaboration permettrait à l'aîné de continuer à jouer un rôle actif après avoir quitté le cabinet et d'apporter un solide soutien aux jeunes.

Trois clés de la réussite

La retraite ne se résume pas à une affaire financière. Elle doit être réussie sur les plans psychologique et de la santé physique. Quitter la vie professionnelle, c'est disposer de 40, 50, voire 60 heures de plus par semaine. Qu'en fera le jeune retraité ? « Tant que tu as des rêves à réaliser, tu sais pourquoi tu te lèves le matin, rappelle Me Dufort. Quand tu n'en as plus, c'est le désastre. »

« Le vide est difficile, voire impossible à combler si la retraite n'a pas été préparée, prévient-il. Prise graduellement, elle permet d'intégrer peu à peu de nouvelles activités à sa vie. Mais que la retraite soit graduelle ou non, il est souhaitable de développer de nouveaux intérêts et de nouveaux réseaux avant de quitter sa vie professionnelle. Les collègues et clients encore actifs se rappellent du retraité, mais ne l'appellent pas. Le temps leur manque. »

Une bonne organisation met la conjointe dans le coup. « Dans la génération des aînés d'aujourd'hui, souligne Me Dufort, l'avocat est très souvent un homme dont la femme ne travaillait pas à l'extérieur du foyer. Le domicile est son royaume. Elle y a acquis une liberté qu'elle souhaite conserver. Elle a développé ses propres activités et supporte souvent mal un conjoint autrefois très actif devenu désœuvré. D'où la recommandation que les deux membres du couple suivent un cours de préparation à la retraite. »

Une bonne préparation a un effet positif sur la santé physique et mentale. « La santé physique, ça aussi ça s'entretient, signale Me Dufort. Il est important de consacrer du temps aux activités physiques. »

Le rôle du Barreau

Les inspecteurs du Barreau recevront au cours des prochains mois une formation particulière concernant les avocats aînés. Le directeur du Comité de l'inspection professionnelle, Me William Dufort, et le directeur de la Corporation de services aux membres, Me Robert Primeau, ont créé un comité de travail visant à dresser un ordre de priorités dans les diverses recommandations émises concernant l'enjeu de la retraite. L'information en est certes un axe important. Le Journal du Barreau aura l'occasion de revenir sur ce thème.

Combien vaut un cabinet d'avocats?

Il serait hasardeux de compter sur la vente de l'achalandage d'un cabinet pour renflouer considérablement son fonds de retraite. La clientèle demeure libre d'aller où elle veut, rappelle Me William Dufort. « Si l'acheteur du cabinet est méconnu, la clientèle ira ailleurs. À l'inverse, plus l'acheteur est connu, plus il est intégré au cabinet, plus la clientèle irait vers lui de toute façon. Il a peut-être même contribué à bâtir cette clientèle. Les cabinets de moyenne ou de grande taille ont établi des normes face aux associés qui quittent le bureau, mais il n'existe pas de règles mathématiques d'évaluation de la valeur d'un cabinet. Et il est de moins en moins vrai que l'on puisse léguer l'âme d'un bureau, avec ou sans rétribution. »