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Me Jacques Viau, in memoriam

Ses collègues se souviennent

Marie-Annick Lalande

Dernier à avoir occupé la double fonction de bâtonnier du Québec et bâtonnier de section (Montréal) en 1973-1974, président de l'Association du Barreau canadien en 1977-1978, récipiendaire de la Médaille du Barreau du Québec en 1983, Me Jacques Viau, décédé le 4 décembre à l'âge de 84 ans, a su mériter le respect de ses pairs. Le Journal du Barreau a tenu à lui rendre un dernier hommage en donnant la parole à certains de ses confrères qui l'ont apprécié autant pour ses talents de juriste que pour ses qualités personnelles.

M<sup>e</sup> Jacques Via
Me Jacques Via

Me Viau a été bâtonnier du Québec à une période où la communauté juridique vivait des changements importants », affirme Me Pierre Gagnon, l'actuel bâtonnier du Québec. Changements comme la création de la Société québécoise d'information juridique (SOQUIJ), que Me Viau a présidé de 1982 à 1998 et au sein de laquelle il a été très actif, la mise en place de l'aide juridique. L'avènement d'un nouveau Code des professions, qui faisait en sorte que le bâtonnier du Québec serait dorénavant élu au suffrage universel.

Le successeur de Me Viau à titre de bâtonnier de la province de Québec en 1974-1975, l'actuel juge en chef du Québec, Michel Robert, a connu Me Viau lorsqu'il siégeait ensemble au comité exécutif. « Je me souviens que cette période en fut une assez mouvementée car c'est là où nous avons vécu la contestation des étudiants du Barreau. » Le juge Robert se rappelle cette période où les examens du Barreau se déroulaient sur deux journées intensives (5 examens en deux jours), et où les apprentis avocats devaient littéralement apprendre par cœur le Code civil et le Code de procédure civil. Exaspérés de cette situation, les étudiants ont manifesté leur désaccord, et c'est Me Viau, bâtonnier à cette époque, qui a reçu leurs doléances. « Il m'avait plus ou moins mandaté pour négocier avec les étudiants et nous avons conclu une entente avec eux, qui prévaut encore aujourd'hui. Ce fut un changement majeur dans la formation professionnelle des avocats. » Le juge Robert poursuit en disant que cet événement fut, selon lui, le plus marquant du bâtonnat de Me Viau, mais assez difficile. « Me Viau a su, je crois, déléguer des responsabilités aux bonnes personnes et il s'est adapté à cette nouvelle situation avec beaucoup de grandeur d'âme. »

Le juge Robert, lorsqu'il se souvient de Jacques Viau, ne peut évidemment s'empêcher d'insister sur la grande implication de ce dernier au sein de la SOQUIJ, société qu'il a mise sur pied, et « il avait un intérêt très marqué pour avoir un système de publication des jugements des tribunaux; (...) c'était un projet qui lui était très cher.(...) Et c'est depuis ce temps-là que nous avons les rapports judiciaires ». Cette société a apporté une contribution majeure à la communauté juridique car avant, les rapports judiciaires n'étaient pas toujours aussi bien édités, et même le choix des décisions publiées n'était pas toujours fait selon des critères rigoureux.

Me Viau, rappelle Me Pierre Gagnon, était également une compétence reconnue en droit municipal. Il fut parmi l'un des premiers avocats au Québec à s'intéresser de façon soutenue au droit municipal. De son côté, le juge Robert ajoute qu'une part importante de sa clientèle était constituée de municipalités. « C'était le début du droit municipal tel qu'on le connaît aujourd'hui. »

Mais au-delà des habiletés professionnelles, le juge Robert se souvient d'un homme à l'humour mordant, à l'esprit moqueur et au verbe direct. « C'était un homme extrêmement sympathique et chaleureux, il n'y avait pas une once de mesquinerie chez-lui et c'était plutôt quelqu'un de très ouvert. » Ce dernier conclut en mentionnant que Jacques Viau était « un homme aux allures conservatrices, mais aux idées souvent progressistes ». Il fallait être progressiste pour avoir mené à bien les projets qui l'on inspiré tout au long de sa pratique.