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Entrevues et table

Evelyne Leblanc

Nul ne peut ignorer l'étiquette. Et cela, un étudiant de la Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke l'a bien compris.

L'an dernier, au moment de participer à des entrevues pour l'obtention d'un stage dans un grand cabinet de Montréal, Alexandre McCormack a réalisé qu'il lui faudrait maîtriser les subtilités de l'étiquette, afin de ne pas se démarquer par ses maladresses.

Du CV à la fourchette

C'est que ces entrevues de stage n'étaient pas uniquement ponctuées de simples questions-réponses : elles s'accompagnaient d'un cocktail et d'un dîner.

Alexandre McCormack, étudiant en troisième année de la Faculté de droit d'Université de Sherbrooke
Alexandre McCormack, étudiant en troisième année de la Faculté de droit d'Université de Sherbrooke

" Je connais les règles de base de l'étiquette, mais, tout de même, j'avais l'impression qu'il y avait des éléments que je ne maîtrisais pas et qu'il me serait nécessaire d'apprendre. Le domaine du droit est très conservateur, hiérarchisé et propice à des rencontres protocolaires et formelles, entre confrères, avec des clients ou des collaborateurs de divers domaines. J'ai donc réalisé qu'ignorer les règles de l'étiquette, c'était presque impensable dans ce contexte ", explique Alexandre McCormack, étudiant en troisième année.

Requête à la Faculté

C'est peu de temps après avoir participé à une série d'entrevues à Montréal qu'il croise Me France Mainville, directrice du Centre de développement professionnel (CDP) de la Faculté de droit, centre qui propose des activités parascolaires destinées à parfaire les compétences des étudiants et à les préparer au marché de l'emploi.

M<sup>e</sup> France Mainville, directrice du Centre de développement professionnel de la Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke
Me France Mainville, directrice du Centre de développement professionnel de la Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke

" Je trouvais que ce serait bien de mettre en place une activité d'initiation à l'étiquette destinée aux étudiants de la faculté, explique M. McCormack. Me Mainville se disait très intéressée par l'idée, surtout qu'elle connaissait l'intérêt grandissant pour la question dans le milieu juridique. Je l'ai interpellée à ce sujet pour organiser l'activité. Et voilà, ça a fonctionné ! Un cabinet a même embarqué avec nous pour financer l'activité ", poursuit M. McCormack, le soir où se tient la seconde activité " étiquette " de la programmation 2004-2005 du CDP.

Suivre le courant

En outre, la directrice du CDP n'a pas hésité à concrétiser l'idée de cet étudiant, car elle ne pouvait qu'approuver son souci de bien paraître. " Je crois que, par cette activité, la Faculté de droit précède le mouvement, car de plus en plus, le milieu du droit et les cabinets s'intéressent à la question et offrent des ateliers semblables à leur personnel ", dit-elle.

Et puis, comme le note Me Mainville, ce n'est pas seulement le milieu du droit qui témoigne d'un intérêt particulier pour l'étiquette, mais la société en général. " Les articles, les reportages et les ouvrages de référence sur les règles de conduite, de bienséance et d'étiquette sont en recrudescence depuis quelque temps. Même si ce retour en force en surprend plus d'un, il semble de mise aujourd'hui d'avoir de bonnes manières non seulement à table, mais aussi en société. Après tout, l'éducation n'est plus limitée à la haute société ", remarque la directrice du CDP.

Partenariat gagnant

Pour mener à bien pareil projet, le CDP s'est associé avec le Pavillon de l'alimentation et du tourisme de Sherbrooke, qui offre des cours de cuisine, d'hôtellerie et de sommellerie. L'un des professeurs de cet établissement, Yves Blais, s'est chargé de la formation des étudiants, qu'il a élaborée de manière à la fois éducative et ludique.

Le conférencier a interrompu les convives à plusieurs moments stratégiques de la soirée pour leur expliquer la bonne façon d'agir dans la situation en cours.

Par exemple, il a expliqué durant le cocktail le comportement à adopter par l'hôte face à l'invité d'honneur, la manière de tenir sa coupe par le pied et les secrets des amuse-gueule, qu'il faut manger en une bouchée. Durant le dîner, il a abordé le protocole à suivre à table, de la soupe au dessert, la fonction des multiples ustensiles ainsi qu'un historique de l'étiquette.

Au-delà du b.a.-ba

La plupart des étudiants qui participaient à l'activité connaissaient l'étiquette dans ses grandes lignes : ne pas mettre ses coudes sur la table, suivre le rythme des autres convives pour manger, déposer une serviette sur ses genoux, servir les femmes d'abord, et s'excuser au moment de quitter la table.

" L'activité sur l'étiquette m'a permis de confirmer les règles de base que je savais déjà et d'apprendre d'autres trucs. Entre autres choses, ce n'est pas évident de choisir du vin dans un restaurant lorsqu'on ne s'y connaît pas trop. Je vais sans doute appliquer à l'avenir le truc du 10 $ de plus que le prix de la table d'hôte. J'ai aussi appris comment ajouter le sucre et le lait dans un cappuccino sans défaire le cachet créé par la mousse sur le dessus. Il suffit de faire un trou au centre, et de le recouvrir après avoir mélangé le sucre et le lait ", explique Audrey Bessette, étudiante en troisième année de droit.

" L'étiquette, c'est vraiment utile lors de rencontres d'affaires. Ce n'est pas la première fois que je participe à une activité touchant les bonnes manières à table, et chaque fois, j'en apprends un peu plus, car il n'y a pas deux conférenciers identiques. Jai bien apprécié le truc de la serviette sur les genoux qu'il fallait replier d'un pouce pour s'essuyer les doigts discrètement en les glissant dans le pli créé. Il y a aussi le truc du cocktail : toujours garder une gorgée dans sa coupe en prévision d'un toast. J'ai d'ailleurs appris que lorsqu'il y a une personnalité de prestige, il faut la servir en premier et attendre qu'elle ait commencé à manger avant de le faire soi-même ", relate Richard Cléroux, étudiant en droit ayant travaillé 14 ans dans la finance.

Les étudiants qui ont participé à l'activité se sont dits ravis que la Faculté de droit, grâce au CDP, ait mis sur pied une telle formation. Me Mainville espère remettre ces rencontres au programme l'an prochain : " Cette activité répond bien à la mission du CDP, qui est de faire le pont entre l'université et la communauté juridique. Les étudiants apprennent le savoir-faire en classe, et le CDP voit à leur inculquer le savoir-être par des activités parascolaires. "