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Éloge de la ténacité

Yves Lavertu

S'il fallait résumer en un mot sa personnalité, " tenace " serait incontestablement le terme à employer. C'est ce dont ont pu se rendre compte, s'ils n'en étaient pas déjà convaincus, les quelque 125 collègues, avocats et fonctionnaires venus souligner, le 19 janvier, au Jury Club du palais de justice de Montréal, le départ à la retraite de Mme Lyse Lemieux, ex-juge en chef de la Cour supérieure du Québec.

Lyse Lemieux, ex-juge en chef de la Cour supérieure du Québec
Lyse Lemieux, ex-juge en chef de la Cour supérieure du Québec

Organisée à l'initiative de Mme Lorraine Filion, chef du Service d'expertise et médiation du Centre Jeunesse du Québec, la fête avait pour but de rendre hommage à Mme Lemieux, juge à la Cour supérieure pendant 26 ans, dont huit à titre de juge en chef.

Lyse Lemieux était devenue la première femme au Québec à accéder à ces fonctions, qu'elle a quittées en octobre 2004.

Un cœur pour les familles séparées

Les Centres Jeunesse désiraient particulièrement la remercier pour sa contribution au développement des services dispensés aux familles séparées, et pour son intérêt pour les questions de droit de la famille au Québec. Ces organismes ainsi que les justiciables lui doivent, entre autres combats, un soutien indéfectible à la cause des réductions de délais d'attente dans la production de rapports d'expertise, et un plaidoyer vibrant en faveur des visites supervisées.

Des lettres à la tonne

Un jour, Lorraine Filion reçoit un appel inusité de la part d'un fonctionnaire. Ce dernier l'enjoint d'intercéder auprès de la juge Lemieux pour qu'elle cesse de lui envoyer des lettres. Désolée, lui répond non sans plaisir Mme Filion, mais elle ne peut s'ingérer ainsi dans l'administration de la justice. L'anecdote est révélatrice de l'opiniâtreté de la juge, dont ont pu témoigner les conférenciers de la soirée, au premier chef Me Michel Bouchard, sous-ministre délégué au ministère de la Justice du Canada. Longtemps haut responsable administratif au sein de l'appareil judiciaire québécois, il a pu apprécier de près, a-t-il raconté, la droiture de cette femme, son engagement et sa ténacité. " De ces trois traits de caractère, a avoué le sous-ministre, celui qui m'a donné le plus de fil à retordre, c'est sa ténacité. Lorsque la juge en chef croit en quelque chose, elle n'abandonne jamais. "

L'art de l'écoute

Le nouveau juge en chef de la Cour supérieure du Québec, François Rolland, l'a rejoint sur ce terrain : " Une femme qui savait consulter, écouter et reconnaître la part des autres, a-t-il relaté, mais aussi une femme d'action dont la constance et la ténacité pouvaient venir à bout des résistances les plus farouches. "

Ouvrir la voie

Citant les propos du regretté Claude Masse, l'un de ses prédécesseurs, le bâtonnier du Québec, Me Denis Mondor, a de son côté mis en exergue son rôle de pionnière et de précurseur.

Debout : le bâtonnier de Montréal, Bernard Synnott; le juge en chef de la Cour supérieure, François Rolland; M<sup>e</sup> Michel Bouchard, sous-ministre délégué au ministère de la Justice du Canada; le bâtonnier du Québec, Denis Mondor; assis : M<sup>e</sup> Suzanne Moisan, présidente de l'Association des avocats en droit de la famille du Québec, l'ex-juge Lyse Lemieux, M<sup>me</sup> Lorraine Filion, chef du Service d'expertise et médiation du Centre Jeunesse du Québec
Debout : le bâtonnier de Montréal, Bernard Synnott; le juge en chef de la Cour supérieure, François Rolland; Me Michel Bouchard, sous-ministre délégué au ministère de la Justice du Canada; le bâtonnier du Québec, Denis Mondor; assis : Me Suzanne Moisan, présidente de l'Association des avocats en droit de la famille du Québec, l'ex-juge Lyse Lemieux, Mme Lorraine Filion, chef du Service d'expertise et médiation du Centre Jeunesse du Québec

En tant que l'une des rares femmes diplômées en droit de sa génération, elle a ouvert la voie à la majorité féminine que nous connaissons aujourd'hui dans les rangs étudiants. " Malgré le caractère officiel des fonctions que vous avez exercées, a soutenu Me Mondor, vous n'avez jamais perdu la sympathie naturelle qui vous a toujours unie non seulement à vos confrères et consœurs, mais aussi au Barreau du Québec. "

" Facilitatrice " de projets

Le bâtonnier de Montréal, Me Bernard Synnott, a poursuivi dans la même veine en évoquant l'accueil donné par la juge aux diverses recommandations de l'organisme et ses efforts pour favoriser la réalisation de ses projets. " Madame Lemieux, a-t-il conclu, votre probité, votre sens de la justice et votre écoute attentive ont fait de vous une personne hautement respectée. "

Attestant de la disponibilité de la juge, Me Suzanne Moisan, présidente de l'Association des avocats en droit de la famille du Québec, est venue confirmer à son tour la solidarité dont a souvent fait preuve Mme Lemieux, notamment dans les démarches de son Association visant certaines modifications législatives. Cet appui, aux dires de Me Moisan, " a grandement facilité les bonnes relations entre la magistrature et les avocats ".

Son leitmotiv

Sans détour, Mme Lemieux a corroboré en entrevue au Journal les propos tenus plus tôt au sujet de sa ténacité. " Cela a toujours été ma marque de commerce ", a-t-elle laissé tomber. Qu'il s'agisse d'interpeller les différents ministères dans l'intérêt de l'enfant ou d'arracher des micro-ordinateurs pour la magistrature, sa ligne de conduite a toujours été la même : ne pas lâcher prise, ne jamais baisser les bras.

" Il fallait s'acharner, a rappelé la jeune retraitée. Et comme j'étais tenace... C'était dans ma nature. J'ai toujours été comme ça. Et je pense que c'était la seule façon d'obtenir des choses. " Peu importe le domaine dans lequel on se trouve, commente cette dernière, cette attitude, au bout du compte, donne des résultats. " Si j'avais un conseil à donner aux jeunes, je leur dirais : soyez tenaces. "

Demain ?

Et maintenant, comment voit-elle la suite ? " Je suis toujours en période de réflexion, a confié Mme Lemieux. Je n'ai pas de projets définis. Je ne ferme pas les portes. Je verrai avec le temps ce qui m'intéressera vraiment. "

Serait-elle prête à aller expliquer notre système de justice dans un pays en développement ? " Si ça se présentait, peut-être que j'accepterais d'apporter une certaine contribution. Je ne me suis pas fixé d'objectif précis. Ce que je peux vous dire, a enchaîné la juge, c'est que cela fait trois mois que je suis à la retraite, et ce que cela m'a apporté, jusqu'à présent en tout cas, c'est beaucoup de sérénité. Et ça, je pense, c'est important. "