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Charité bien ordonnée commence par soi-même

Me Denis Mondor


" Hé, on a un dossier ensemble ! " Il m'est arrivé plus d'une fois d'être interpellé de la sorte par des confrères et consœurs dans les couloirs du palais de justice. Dans la plupart des cas, je ne les connaissais même pas…

Au risque de paraître " vieux jeu ", je ne peux m'empêcher de qualifier une telle entrée en matière de manque flagrant de politesse élémentaire et d'entorse à un principe de base tout simple, mais trop souvent oublié : le respect.

Les petits gestes du quotidien

Si tous ne peuvent nous aimer ou être d'accord avec nous, le respect est certainement l'un des seuls sentiments que l'on peut aspirer à susciter chez tous ceux qui nous côtoient. Cette attitude que l'on recherche commence par celle que l'on adopte. Le respect commande le respect.

Mais qu'est-ce que le respect ? Comment se manifeste au quotidien cette règle de base de toute société ? Le respect veut dire saluer. Regarder dans les yeux. Sourire. Tendre la main. Se présenter, même si l'on sait pertinemment que son identité est connue de l'autre. Ne pas présumer de ce que l'autre sait ou devrait savoir. Écouter. Utiliser le " vous " et le " tu " de façon appropriée. Remercier. Le respect se manifeste aussi dans les paroles, le ton, les attitudes et les comportements.

Rappel à l'ordre de l'ordre

Pourquoi parler de respect ? Si le sujet est d'actualité, c'est que plusieurs ont remarqué que les règles de civilité sont quotidiennement transgressées par certains membres de notre profession.

Le Barreau de Montréal a même formé un sous-comité pour étudier la question. Les travaux de ce dernier devraient être terminés d'ici les prochains mois.

Au Barreau du Québec, c'est le Bureau du Syndic qui a tiré la sonnette d'alarme. Parmi les 4 000 appels auxquels répond annuellement le Syndic, on remarque une hausse marquée des plaintes relatives à des gestes ou à des paroles non conformes aux règles les plus élémentaires de politesse et de civilité. Les doléances émanent de plusieurs fronts : clients, collègues et même magistrats.

Il va sans dire que cette multiplication de plaintes n'est pas sans effet sur la charge de travail, déjà lourde, du Bureau du Syndic. Sans compter que le Syndic lui-même se bute régulièrement à la négligence de certains membres, qui tardent à le rappeler ou, pis encore, ne répondent tout simplement pas.

La situation est telle que le Barreau a décidé d'agir. Nous mettrons donc en branle dans les prochains mois une série d'initiatives intégrées à un plan de communication, afin de sensibiliser l'ensemble de la profession à la question. La nouvelle chronique " Dans le champ gauche ", que vous pouvez lire dans les pages de ce Journal, en est un premier exemple.

J'entends d'ici les remarques sarcastiques que mes propos risquent de susciter. Les avocats sont-ils à ce point irrespectueux qu'ils aient besoin d'être rappelés à l'ordre par leur ordre ? À cela je réponds : " Oui, pourquoi pas ? " même si ce phénomène n'est pas exclusif aux avocats. Je dirais plutôt que c'est une tendance lourde dans notre société de plus en plus individualiste, où la notion traditionnelle d'autorité est remise en question. Par ailleurs, des " codes de civilité ", " règles de courtoisie " ou autres déclarations de principe existent déjà au sein de plusieurs autres barreaux.

Le but de l'exercice de sensibilisation du Barreau n'est pas de faire la morale ni de prôner le snobisme ou le retour à un ensemble de règles rigides et empesées. Il s'agit plutôt de remettre la politesse et la civilité à l'ordre du jour.

Le Barreau cherche aussi à préserver un actif précieux : la réputation de ses membres. Car, comme chacun sait, il ne suffit que d'un geste malheureux d'un de nos membres pour ternir la réputation de tous. La réputation est l'un de ces fragiles éléments longs à bâtir, mais ô combien rapides à démolir.

Des valeurs démodées ?

Habituellement partie intégrante de notre éducation, la notion de respect doit aussi se manifester dans notre travail de tous les jours. Ce respect, nous le devons à nos collègues, à nos clients, aux juges, à tout le personnel de la Cour et à cette institution trop souvent malmenée qu'est la Justice.

De notre devoir d'officier de justice découle le respect dont nous devons faire preuve dans l'exercice de nos fonctions. Avocats, juges et autres acteurs du système judiciaire, tous, nous sommes responsables de l'image et de la perception de la Justice dans notre société.

C'est écrit en toutes lettres dans notre Code de déontologie : " L'avocat doit agir avec dignité, intégrité, honneur, respect, modération et courtoisie. " Il n'en tient qu'à nous de faire en sorte que ces mots ne soient pas vides de sens.

Le bâtonnier du Québec,
Denis Mondor