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Droit international

Finies les frontières !

Maryse Mathieu

Une carrière en droit sur la scène internationale n'est plus une utopie; avec la mondialisation, c'est devenu presque une nécessité.

Louis Sabourin souligne qu'il existe plus de 40 000 ONG qui ont besoin de consultants, délégués ou experts pour des conseils juridiques en tous genres
Louis Sabourin souligne qu'il existe plus de 40 000 ONG qui ont besoin de consultants, délégués ou experts pour des conseils juridiques en tous genres

Récemment, un colloque sur la question s'adressant aux étudiants de la Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke a permis de constater qu'accéder à ces possibilités de carrière est beaucoup plus facile que certains peuvent le croire.

« J'ai beau être un avocat de campagne, à North Hatley, estime Me Neville-Warren Cloutier devant une soixantaine d'étudiants, encore la semaine passée, mes clients parlaient allemand ou étaient en Chine ! Il est possible de faire du droit international tout en restant chez soi ou presque », se réjouit l'avocat, qui habite un village isolé comptant seulement deux cabinets d'avocats et qui enseigne également à l'Université Bishop's, à Lennoxville.

Selon Me Cloutier, le libre-échange entraîne davantage de contrats d'exportation outre-mer, de mouvements internationaux de capitaux, de plaintes concernant les droits d'immigration, ou même de demandes d'adoptions internationales, qui se multiplient.

Québécois privilégiés

Les juristes québécois possèdent un atout de taille avec leur connaissance à la fois du droit civil et de la common law. « Notre bi-juridisme fait que l'on court après nous, constate Me Cloutier. Mais il ne faut pas rater une occasion, car elle ne reviendra pas », lance-t-il, corroborant ainsi les dires du conférencier précédent, Louis Sabourin, professeur à l'École nationale d'administration publique.

Ayant enseigné sur tous les continents, M. Sabourin, qui habite Austin, en Estrie, revient tout juste d'Afrique, et rappelle que les stages ou études à l'étranger constituent des expériences déterminantes dans la concurrence mondiale et enrichissent le curriculum vitae.

Auteur du livre La recherche d'un emploi dans les organisations internationales, M. Sabourin souligne qu'il existe plus de 40 000 organismes non gouvernementaux (ONG) ayant besoin de consultants, de délégués ou d'experts pour des conseils juridiques en tous genres, sans compter les organismes à caractère gouvernemental tels l'OCDE ou l'OMC. « L'ONU compte à elle seule plus de 60 000 fonctionnaires », évalue celui qui a été, en 1956, le premier Québécois à aller étudier à l'étranger, en l'occurrence, à Paris. Depuis, il a déménagé 17 fois. Plusieurs de ses étudiants au Cambodge ont été assassinés, car, étant avocats, ils étaient considérés comme dangereux dans ce pays.

Ne pas faire le touriste

Aujourd'hui, la vie internationale est entrée dans nos maisons avec Internet et la télévision; par conséquent, la concurrence s'est multipliée par 10! « Profitez de vos vacances d'été pour réaliser des stages à l'étranger au lieu de faire le touriste », conseille ce routier, qui a su allumer une étincelle chez les étudiants. Barreau du Québec ainsi qu'une panoplie d'ONG offrent des stages chaque année. Informez-vous », insiste-t-il, dressant une liste de sites Web qui affichent des postes. On y retrouve le Comité International Olympique, l'Organisation mondiale de la santé, des ministères comme celui des Relations internationales, ou Québec sans frontières.

Jean-François Séguin, étudiant au baccalauréat en droit et au MBA, attendait ce colloque depuis l'automne, car « tout le monde en parlait à la fac », confie-t-il. L'étudiant de 22 ans révèle que le monde entier l'intéresse, et qu'il a même déjà travaillé au Mexique. « J'organise depuis quelques années des missions commerciales et des études de mise en marché pour CUMX à Montréal, avec le Collège de Maisonneuve », explique-t-il.

Les jeunes, ébahis

Plus de 60 étudiants de la Faculté avaient déboursé les 25 $ exigés pour participer au colloque organisé par neuf de leurs collègues. « Ils ont travaillé pour chercher des conférenciers depuis octobre dernier », reconnaît Me France Mainville, directrice du Centre de développement professionnel de la faculté, qui supervisait l'initiative étudiante.

Le comité organisateur du colloque : Julie-Kim Godin, Sarah Proulx-Doucet, Marie-Ève Beaudry, Marie-Catherine Girouard, M<sup>e</sup> France Mainville, Laurence Yanakis, Dima Haffar, Amélie Thériault, Geneviève d'Amours et Fabrice L. Coulombe (absent de la photo
Le comité organisateur du colloque : Julie-Kim Godin, Sarah Proulx-Doucet, Marie-Ève Beaudry, Marie-Catherine Girouard, Me France Mainville, Laurence Yanakis, Dima Haffar, Amélie Thériault, Geneviève d'Amours et Fabrice L. Coulombe (absent de la photo

Écouter les conseils des meilleurs et converser avec eux, et surtout, choisir pour chaque étudiant une place à la table du conférencier avec lequel il souhaitait dîner, était considéré comme un privilège.

Ainsi, autour de Me Lucie Laplante, conseillère juridique au Barreau Pénal International, on cherchait à connaître les péripéties du métier. « Mon stage de six mois à Rome a été déterminant professionnellement, raconte l'avocate de 29 ans. Il m'a fallu apprendre l'italien et délaisser un peu mon espagnol », note-t-elle, expliquant aux six étudiantes de sa table que si parler plusieurs langues est un atout, encore faut-il maîtriser le français. « Lorsque nous devons plaider contre des Français, des Belges ou des Suisses, notre crédibilité peut être vite ébranlée devant leur français impeccable », déplore Me Laplante, faisant également référence aux travaux truffés de fautes qu'elle corrigeait lorsqu'elle était assistante d'un professeur.

À ses côtés, Mylène Mastrostefano, étudiante au baccalauréat, parle de son espoir de profiter d'un échange pour étudier dans une université de l'île de la Réunion, dans l'océan Indien, près de Madagascar. « Avec ce colloque, on a l'impression de toucher à la réalité de A à Z. »

Inaccessible ?

Endettés par des prêts étudiants et travaillant les weekends, certains juristes en devenir sont réticents à l'idée de partir en stage à l'étranger, surtout s'ils ne sont pas rémunérés ou qu'il leur faut payer des coûts élevés, comme ceux des billets d'avion.

« J'admire ceux qui vont à l'étranger, mais ce n'est pas pour moi, indique Catherine Gourdeau, étudiante au baccalauréat. Mon chum a un bureau de notaire ici, et je ne le verrais pas me suivre pour faire du bénévolat humanitaire », avoue-t-elle, précisant qu'elle préfère la stabilité québécoise et l'idéal de fonder une famille. « Je pense que l'intérêt, on l'a ou on ne l'a pas ! » déclare Hélène Mayrand, étudiante au baccalauréat, qui est déjà partie seule en Espagne et en Italie effectuer des travaux communautaires et renforcer sa motivation pour la défense de l'environnement.

Par ailleurs, les conférenciers confessent avoir eu des conjointes « bien patientes », mais affirment y avoir tous trouvé leur compte. « Quelque 170 pays ont des écoles françaises », note Louis Sabourin. «Vous devriez goûter les succulents desserts allemands, ajoute Me Cloutier. On boit de la bière pour les digérer ! » blague-t-il, faisant s'esclaffer la salle.

Réseautage

S'adresser dans la langue du pays et faire acte de courtoisie en respectant leurs coutumes ouvre les portes de collaborateurs en sol étranger. « Ils sont nos yeux là-bas, précise le conférencier Me Claude Imbeau, de Tembec. Ils savent si telle ou telle règle juridique s'applique dans leur pays ».

Enfin, en dépit du côté glamour des expériences à l'étranger, Me Laplante constate que certains employeurs réclament une expertise locale, et estime qu'un mentor peut guider plus facilement le parcours, traditionnel ou non, vers les carrières internationales.