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Dossiers mardi 2 août 2022

Un champion des défis complexes

Me Richard Roy, Ad. E.

Par Marie-Hélène Paradis

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Me Richard Roy, Ad. E

Me Richard Roy est avocat général principal au sein du Service des poursuites pénales du Canada où il œuvre depuis 1995. Durant sa carrière, il a été chargé de dossiers extrêmement complexes qui ont largement fait la manchette dans les médias.

L’intérêt que Me Richard Roy porte au droit remonte à l’enfance. « J’ai été influencé par la série télévisée Perry Mason, mais aussi par un procès fictif que l’un de mes professeurs du primaire avait recréé à partir d’un article tiré du Reader’s Digest. À l’époque, j’avais voulu jouer le rôle de l’avocat de la défense », se souvient-il.

Au cégep, c’est pourtant vers le théâtre qu’il s’oriente, alors qu’il souhaite entrer au Conservatoire d’art dramatique. Il revient toutefois à ses premières amours et opte pour le droit lorsqu’il s’inscrit à l’université. « J’avais le désir de servir, de représenter l’intérêt commun. Dans mon esprit, il était très clair que je voulais être procureur de la Couronne », raconte-t-il.

Sans surprise, lorsqu’il effectue son stage au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) à Montréal, il a immédiatement la piqûre. Très tôt durant son premier poste à Joliette, il souhaite relever des défis supplémentaires et se voit confier des dossiers d’agressions sexuelles sur les enfants « Je voulais aller plus loin et avoir davantage d’impact sur la protection de la société. J’ai plaidé devant jury après seulement cinq ans de pratique », souligne Me Roy.

Des dossiers de poids

Lorsqu’il est recruté par le Service des poursuites pénales du Canada (SPPC), c’est une forme de pratique différente qui s’ouvre à lui, car la victime n’est plus un individu, mais bien la société en général. Des dossiers de lutte contre le crime organisé, la contrebande, l’organisation de trafic de drogue et les cartels internationaux lui sont alors attribués.

C’est également Me Roy qui est chargé de diriger la première poursuite dans le cadre de la Loi sur les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre. Elle concerne le génocidaire rwandais Désiré Munyaneza, qui sera condamné à la prison à vie en 2009. « Le message qui a été envoyé est fort : le Canada n’allait pas être une terre d’accueil pour les génocidaires. Je suis particulièrement fier d’avoir obtenu la seule condamnation au pays pour crimes contre l’humanité et d’avoir également pu apporter un peu de justice à des victimes à l’autre bout du monde », souligne-t-il. Pourtant, au début du processus, plusieurs doutaient qu’il soit possible de tenir un procès ici pour des atrocités commises au Rwanda. C’est donc un véritable tour de force qui a été réalisé à l’époque, avec l’engagement sans failles de Me Roy.

Le procureur de la Couronne mène aussi la charge contre SNC-Lavalin et Sami Bebawi, la poursuite la plus importante qu’ait connue le Canada en matière de corruption d’agent public à l’étranger et de fraude. Là encore, les embûches ne manquent pas dans ce dossier de longue haleine durant lequel Me Roy a travaillé en collaboration avec la GRC. Il lui vaudra d’ailleurs, conjointement avec ses collègues Anne Marie Manoukian et Hans Gervais, le Prix d’excellence pour prestation remarquable lors d’une poursuite, décerné en 2020 par le Comité fédéral, provincial et territorial des chefs des poursuites.

Humilité et gratitude

Aujourd’hui, Me Richard Roy poursuit sa quête de défense de l’État de droit, de l’intérêt commun et de l’accès à la justice pour les plus vulnérables au niveau international. Il a en effet obtenu la permission de prendre un congé sans solde et œuvre actuellement en Colombie comme consultant pour la Fondation panaméricaine de développement, une ONG au sein de laquelle il supervise un projet visant à soutenir le développement des capacités en matière de justice et de sécurité dans ce pays. Il pilote et soutient aussi à distance une équipe d’enquêtes en République démocratique du Congo, qui cherche à faire la lumière sur l’assassinat de deux experts des Nations-Unies en mars 2017.

La feuille de route de Me Roy est impressionnante et illustre avec éloquence le fait que les défis ne lui font pas peur. « J’aime m’attaquer à des problèmes complexes, poursuivre des entités qui se croient à l’abri, parvenir malgré tout à faire appliquer la loi à leur égard et obtenir justice pour les victimes », dit-il.

Son expertise est d’ailleurs largement reconnue et il a eu l’occasion de donner plus de 35 conférences et formations tant au Canada qu’à l’étranger, devant des auditoires variés allant des organismes d’enquêtes aux procureurs et à la magistrature.

Malgré ses nombreuses réussites, il dit recevoir la distinction d’Avocat émérite avec humilité et gratitude. « Je le vois comme la reconnaissance du travail d’un procureur de la Couronne de carrière qui s’est dédié à la protection du public, mais aussi une reconnaissance de la contribution du SPPC à la justice au Québec et à l’ensemble du Canada. J’en suis très fier et je remercie le Barreau », conclut-il.

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